Le petit Amine a été retrouvé sain et sauf après douze terribles journées d’angoisse. Rendons grâce à Dieu et n’oublions pas d’avoir une pensée très forte pour sa famille. La fin de ce cauchemar, pour heureuse qu’elle soit, n’en laisse pas moins un sentiment de dégoût. Il y a eu des cas de rapts d’enfants qui ont, hélas, mal tourné parce que les parents n’avaient pas les moyens de payer la rançon ou parce qu’ils refusaient de céder au chantage. A chaque fois, les services de police ont déployé tous les moyens nécessaires et dans la totalité des cas, on a découvert que le ou les auteurs étaient des crapules motivées par l’argent qu’ils espéraient soutirer à  des parents supposés riches. On n’avait pas affaire à des bandes organisées, mais à des initiatives isolées qui rendaient le travail des enquêteurs encore plus difficile. Dans le cas du petit Amine nous ne sommes plus dans le registre de l’action crapuleuse mais bien dans celui du sordide et c’est encore plus douloureux à vivre.

Les journaux sur le Web nous apprennent en effet que c’est un proche de la famille qui est à la manœuvre depuis le départ. Personne ne pouvait le soupçonner puisqu’il est ami de la famille. On pense tout de suite à un comportement machiavélique. C’est faire trop d’honneur à cette crapule. Le philosophe et théoricien de la politique partait du présupposé que les hommes sont par nature mauvais. Il n’a jamais ni théorisé ni suggéré le rapt d’enfant ni d’action criminelle.

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En l’espèce, nous avons affaire à un traître et à un lâche. Dans le langage de la rue on dirait de lui que c’est une petite frappe au sens où ce type de personnages doit tricher, cacher et travestir pour arriver à ses fins, après s’être assuré qu’il ne court aucun risque. A l’image de quelqu’un qui détrousse les petites vieilles, qui frappe un enfant, et qui ne passe à l’acte qu’après s’être assuré qu’il peut le faire en toute quiétude.

Un ami juge me disait qu’il avait tendance à être moins sévère avec un truand armé qui braque un fourgon de transports de fonds qu’avec un délinquant en col blanc qui détourne des fonds publics. Le premier risque sa peau. Le second ne risque même pas son honneur puisqu’il n’en a pas. Le premier est courageux. Le second est pleutre.

Il a raison le juge : on respecte le courage mais on vomit la couardise. Notre héros est non seulement pleutre mais il est lâche et hypocrite. Lâche, parce qu’il sait qu’il agit en terrain conquis, que le soupçon ne portera jamais sur lui, et que par sa faute les regards se porteront sur d’autres personnes, peut-être même des proches. Hypocrite parce que, dans sa relation avec la famille amie, il campe un personnage loyal, fidèle et solidaire de la détresse des parents devant la disparition de leur enfant. Le même enfant qu’il a dû avoir moult fois l’occasion de déclarer qu’il le considérait comme son fils et dont il a dû certainement pleurer la disparition alors même qu’il l’avait pris en otage. Dire que la cupidité est la raison principale de cet épisode qui a failli tourner au drame est certainement juste  mais pas suffisant. Il faut y ajouter l’hypocrisie et son corollaire, la trahison.

Ces deux calamités sont spécifiquement condamnées par le Coran et particulièrement l’hypocrisie dont le Prophète lui-même (Asws) a beaucoup souffert notamment à Médine. Pourquoi la référence à l’islam ? Parce que c’est la seule qui nous reste quand le civisme et la morale nous ont désertés, quand les marchands du temple ont mis main basse sur l’espace et quand le veau d’or fait se prosterner ceux qu’on prenait comme modèle de vertu.

Cupidité, hypocrisie et trahison

De même que « Dieu n’aime pas les traîtres » Coran 8/58, il condamne la cupidité : « Dis : « Si vos pères, vos enfants, vos frères, vos conjoints, vos proches, les biens que vous avez acquis, le commerce dont vous redoutez le déclin, les demeures où vous vous prélassez, vous sont plus chers que Dieu, Son Prophète et la lutte pour Sa cause, alors que vienne s’instaurer l’Ordre du Seigneur ! Car Dieu ne guide pas les gens pervers » Coran 9/24

«  Que leurs richesses et leurs progénitures ne t’émerveillent guère. Dieu ne les leur accorde que pour les faire souffrir ici-bas et les voir rendre péniblement l’âme en négateurs ». Coran 9/55

Le Coran contient 70 versets fustigeant l’hypocrisie

En vérité, ce qu’il faut retenir de cette mésaventure qui a bouleversé tout le pays, c’est ce paysage tout à fait nouveau chez nous, dans lequel on se rend compte tous les jours que les valeurs qui fondent notre société et que nous avons héritées de nos parents, disparaissent de plus en plus sous l’effet conjugué de l’argent facilement gagné et du consumérisme effréné qui arrive à s’introduire même chez les plus pauvres d’entre nous. Nos traditions ancestrales et l’enseignement de l’islam, résistent difficilement au goût immodéré pour l’argent et pour l’accumulation des richesses. Contrairement à certaines idées reçues, l’islam n’a jamais prôné l’égalitarisme puisqu’il protège la propriété privée et encourage l’enrichissement licite par le travail et la persévérance. En revanche, il condamne l’arrogance de la richesse. Or, nous voilà encore une fois en pleine désillusion parce que nous étions persuadés, compte-tenu de notre passé, de notre histoire et de notre combat, que cela n’arriverait jamais chez nous et que la protection que nous avaient léguée nos ancêtres résisterait à ce bouleversement.

Certes la digue commence à rompre depuis quelques années. Bien évidemment, il est hors de question de baisser les bras, mais on est bien obligé de constater que l’argent trop facilement gagné fait des ravages considérables si on ne prend pas les mesures nécessaires pour moraliser sérieusement la vie publique. Et surtout quand on sait que l’argent peut aussi faire des dégâts là où on l’attend le moins : quand, pour en avoir, on n’hésite pas à monnayer la vie d’un enfant.