le 18 février 2011 rassemblement au pied de la fontaine des Innocents, à Paris, en soutien aux manifestations contre le régime algérien.

Alors que le clivage gauche-droite semble avoir peu de sens en Algérie, tant la nation algérienne et ses institutions politiques s’est façonnée autour d’une gauche socialiste et nationaliste révolutionnaire, et de son parti historique le FLN, les mouvements de gauche contemporains, partis politiques et syndicats, tentent, néanmoins, de sortir leur carte du jeu, au sein d’un système dont la dimension démocratique réduite ne peut leur offrir que de faibles marges de manœuvre. Reportage

Quelles sont donc les valeurs de la gauche algérienne, et sur quelles lignes idéologiques s’inscrit-elle ? L’universalisme du concept de « gauche » peut-il être remis en cause ? En Algérie, la question religieuse est prédominante, comme dans un certains nombres de régions d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, et affecte donc les rapports entre « gauche » et « droite » dans ces espaces politiques. Elle constitue le thème du notre premier volet d’une série de 3 articles sur la gauche algérienne.

La laïcité : le cœur du débat ?

Force est de constater qu’en Algérie, la notion de laïcité, notamment, est cœur du débat entre les différentes gauches algériennes. Si elle constitue pour certains la condition sine qua none pour se définir « de gauche », elle n’est pas une condition suffisante pour d’autres mouvances, à l’instar du PST, le Parti Socialiste des Travailleurs, qui met sur un même pied d’égalité les questions sociétales et les problèmes économiques et sociaux.

Pour un des érudits militant du PST, Samir Larabi, au MDS, le Mouvement Démocratie et Social, « ils ne sont pas de gauche », car, justement, « il ne suffit pas de se positionner par rapport à la question religieuse pour être de gauche ». Il explique, d’ailleurs, que la place qu’occupe la laïcité au sein du corpus idéologique du MDS est, selon les militants du PST, trop importante : « pour les militants du MDS, instaurer la laïcité serait l’acquis principal, et à partir de là tout pourrait commencer, mais il y a tout un tas de projets politiques et sociaux pour lesquelles il faut se battre dès aujourd’hui », confie Samir Larabi à Algérie-Focus.

Les différences de hiérarchisation de ces questions se reflètent, d’ailleurs, dans leurs positions vis-à-vis des mouvances islamistes. S’ils condamnent tous la ligne idéologique de ces partis, le MDS refuse fermement de s’engager aux côtés des islamistes sur certaines causes communes, alors que certains militants du PST, à l’instar de Samir Larabi, n’ont « aucun problème pour militer ou manifester sur des thématiques sur lesquelles nous nous rejoignons ». « Nous marchons différemment, mais nous acceptons de lutter ensemble si certains causes sociales le permettent, je n’ai pas de souci avec cela », explique t-il.

On observe également que, même au sein des gauches les plus radicales, la question des partis islamistes constitue un facteur permanent de désaccord. Un des syndicalistes du CLA, le Conseil des Lycées d’Algérie, un syndicat de gauche, explique qu’il « ne marchera jamais avec des islamistes, parce qu’ils sont hypocrites, et utilisent les causes de la gauche à des fins politiques ».

Des rapports différents à l’Etat au sein de la gauche algérienne

Néanmoins, la laïcité reste pour tous ces mouvements l’une des pierres angulaires de la gauche algérienne. Comme l’explique Bachir Hakem, porte-parole du syndicat du CLA : « on ne peut pas être ‘de gauche’ et ne pas être laïc ».

Mais au MDS, la priorité est la mise en place d’une république véritablement démocratique, et cela passe par l’instauration d’un Etat laïc, seul capable de redonner le pouvoir au peuple. Pour Yacine Teguia, le secrétaire générale du MDS, « les acteurs politiques alimentent la confusion entre laïcité et athéisme et le pouvoir lui-même surfe sur les sentiments religieux dans la société pour manipuler l’Islam à des fins politiques ». Au sein d’un Etat laïc, la religion est reléguée dans la sphère privée, et relève alors d’une relation intime et spirituelle à Dieu, et n’a donc pas de dimension politique.

Au-delà de la laïcité, c’est justement ce rapport à l’Etat qui distingue les différentes mouvances de la gauche algérienne. La religion, lorsqu’elle se mêle au politique, est un frein à la progression de la société pour des raisons différentes selon les sensibilités. A la gauche du MDS, dans les mouvements syndicalistes révolutionnaires et au PST, ce n’est pas la religion en soi qui constitue un problème, mais les culturalismes et autres identitarismes. Lorsqu’elle est plus perçue sous son angle identitaire, plus que sous sa dimension métaphysique et spirituelle, elle pose alors problème car elle est source de visions et de frictions de la communauté « humaine ». Les gauchistes algériens, s’opposent, dés lors à l’identitarisme religieux comme on s’opposerait à l’oppression étatique.

Ces différents rapports à l’Etat n’empêchent pas les gauches algériennes d’œuvrer pour un bien commun : la promotion d’une laïcité émancipatrice et égalitariste.

La religion et le peuple algérien

Mais la vision d’un Etat laïc est-elle populaire en Algérie ? Le peuple algérien pourrait-il être en faveur d’un tel Etat, séparant le religieux du politique ? La question se pose réellement, tant on peut recueillir des témoignages différents en interrogeant les algériens dans les rues d’Alger. Pour Arwa, par exemple, étudiante à l’université USTHB, la laïcité semble bien éloignée tant l’idée d’un Etat théocratique ne parait pas saugrenue, « si c’est bien fait, que l’Etat est tolérant et ne va pas à l’encontre des autres croyances religieuses ».

Pour le MDS, tout le travail se situe donc au niveau de l’éducation et de l’évolution des mentalités : « il faut continuer le travail d’explication, aujourd’hui les partis islamistes n’ont plus le vent en poupe et il faut profiter de cet état de fait. Il faut en faire un point d’appui dans la dénonciation du pouvoir qui tourne le dos à l’exigence de séparation du politique et du religieux qui s’est cristallisée dans l’affrontement avec le terrorisme islamiste», relève un cadre du parti.

Ces sensibilités et ces visions différentes au sein de la gauche algérienne sont rassurantes, tant elles révèlent la vivacité d’un débat bien présent dans la société algérienne. La laïcité, qui peut être un facteur de division selon la manière dont elle traitée par les différents mouvements, reste souvent un facteur de ralliement et d’entente pour ces gauches engagées et dynamiques. Reste à savoir comment leur voix peut être portée dans cet environnement politique qui leur est si hostile.

Tarek S.W.

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