La publication, par la Cour des Comptes, de son rapport annuel sur les finances de l’Etat fait démentir, une nouvelle fois la fable qui fait croire que la construction d’un Etat civil est en cours en Algérie. Et pour cause, de tous les départements ministériels et institutions, c’est la Présidence de la République et le ministère de la Défense nationale qui se distinguent par leur manque de transparence.

Et le rapport des juges chargés de scruter les finances de l’Etat est donc amputé des bilans concernant les deux institutions. Plus que cela, si la Présidence de la République a donné l’essentiel en tentant juste de ne pas trop s’exprimer sur des avions achetés respectivement en 2013 et 2015, le ministère de la Défense s’est montré très peu coopératif avec la Cour des Comptes. Et lorsque les juges posent des questions précises sur les destinations d’un tel ou tel autre budget, le département que gère Ahmed Gaïd Salah se contente de répondre par des généralités. A ce propos, El Khabar indique dans sa livraison de mercredi que les responsables de l’armée estiment que la révélation d’informations sur les dépenses du ministère de la Défense relève du « secret Défense ». La Cour des Comptes, une institution civile, n’a donc pas le droit de les évaluer ou même de les connaître.

Pourtant, dans les grandes démocraties, le budget de la défense est aussi contrôlé que ceux des autres départements ministériels et autres institutions. Ce qui ne menace pas le caractère secret des « informations classées confidentielles ».

Ce n’est pas la première fois que le ministère de la défense nationale se met ainsi au dessus des autres institutions de la République. Le ministre de la défense (ou bien un de ses représentants) n’est jamais allé rendre des comptes ou répondre à des questions orales des députés de l’Assemblée populaire nationale. C’est également le cas du ministre des Affaires Etrangères et du Premier Ministre. Mais à la différence de l’armée, les budgets de ces deux autres départements sont connus de tous. Autant dire que la transparence, prélude à un véritable Etat de droit, n’est pas pour demain en Algérie. Une véritable démocratie attendra encore !

Essaïd Wakli

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