Pour faire le point sur les évènements qui ont ému l'opinion nationale et suscité son indignation, nous avons choisi  dix escales importantes de l'année 2015.

Rupture du câble internet

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L’un des événements marquants de cette année reste la rupture du câble sous-marin reliant l’Algérie au réseau Internet international. Ainsi, l’Algérie a connu  en octobre dernier, une importante panne du web occasionnée par la rupture du câble de fibre optique reliant Annaba à Marseille. Résultat de cette véritable catastrophe des temps modernes, une perturbation concernant 80% du trafic réseau et une paralysie de plusieurs secteurs dépendant d’Internet. Cette coupure, qui a durée 6 jours, a provoqué un sentiment de colère au sein de la population qui, en plus de faire face à des conditions de voyage pour le moins contraignantes, s’est vue totalement coupée du monde extérieur.

Razika, tuée pour avoir préservé son honneur 

Plus que tous les autres événements ayant marquée l’année 2015, celui-ci est certainement le plus tragique. Razika Chérif, une femme de 40 ans, a été écrasée en novembre dernier par la voiture d’un homme qui l’harcelait en plein centre de Magra (M’sila). Après l’avoir poursuivie pendant un long moment et devant son refus de céder, l’automobiliste fonce avec son véhicule utilitaire délibérément et heurte mortellement la victime.

Le crime était d'une incommensurable bestialité. L’automobiliste de 33 ans est passé “à deux reprises au moins” sur le corps de la victime, la tuant instantanément. Cette histoire sordide a suscité l’indignation des Algériens. Un rassemblement de protestation a été organisé à la Grande Poste, à Alger, avec dépôt de fleurs en hommage à Razika Cherif. Les manifestants ont dénoncé le silence des autorités et de la classe politique sur ce drame. Ce crime barbare a servi d'argument pour faire avancer le projet de loi criminalisant les violences contre les femmes.

Marie-Simone, la migrante sub-saharienne victime d’un viol collectif à Oran

Marie-Simone, une migrante sub-saharienne âgée de 33 ans, a été l’objet d’un viol collectif à Oran. Elle a été abusée par sept hommes algériens qui n’ont pas hésité à la brutaliser, à la torturer. Sauvagement battue, cette migrante sans défense a échappé miraculeusement à la mort. Pire, elle a été victime de non assistance à personne de la par de l'établissement sanitaire sollicité pour la soigner et de déni de justice de la part de la gendarmerie nationale qui a refusé d'enregistrer sa plainte. Il a fallu une forte mobilisation de la société civile pour faire respecter son droit à la protection. Cette camerounaise a levé le voile, à travers son histoire, l'ampleur de la violence enfouie dans notre société. Les Algériens étaient abasourdis d’apprendre que leurs concitoyens étaient capable de faire preuve de tant de haine raciale et de commettre de telle atrocités. Le mois d’octobre 2015 a été irrémédiablement marqué par cet acte d’inhumanité et d’intolérance qui a dévoilé au rand jour le désengagement des autorités face à ce genre d’agression.

El Djazaïria Week-end et El-Watan TV victime d'arbitraire

2015 a été également celle de graves atteintes à la liberté d’expression. Les autorités algériennes se sont distinguées, durant cette année, par la confiscation des libertés fondamentales par un pouvoir qui n’hésite pas à recourir à la répression pour défendre ses «symboles». Première victime de cette machine infernale, l’émission satirique El Djazaïria Week-end qui s’est vue imposée une censure de son contenu. Refusant de plier à une ligne éditoriale "light", l’équipe d’El Djazaïria Week-end a choisi d’arrêter le programme.  Cet acte de déni est dû à une gestion sournoise de la chose médiatique par les autorités qui ont soumis les chaines de télévision satellitaires à un statut juridique flou, les mettant à la merci des desiderata du régime.

Le deuxième événement qui a secoué les algériens, est la fermeture, manu militari, de la chaîne de télévision privée El-Watan TV.  Les pouvoirs publics ont accusé la chaîne d’incitation à la violence pour avoir diffusé un entretien avec l’ex-émir terroriste Madani Mezrag, qui a tenu des propos virulents à  l'encontre le président Bouteflika. Les Algériens ont été interloqués par la politique des deux poids de mesures avec laquelle a été traitée cette affaire. Avant sont intervention sur cette chaîne de télévision, Madani Mezrag a été reçu par Ahmed Ouyahia en qualité de «personnalité nationale» dans le cadre des concertations relatives à l’élaboration de la nouvelle constitution. Les médias se sont interrogés durant des semaines sur cette affaire qui a défrayé la chronique, arrivant à la conclusion que les autorités ont fait de cette affaire un exemple pour à ceux qui osent défier le régime.

Les rapports accablant des ONG internationales

L'année 2015 a été marquée par la publication de plusieurs rapports accablant pour le gouvernement algérien. Presque tous les domaines ont été soumis à de vives critiques et à des classements humiliants. Le rapport de Freedom House pour l’année 2015, classe l’Algérie comme pays non libre (not free). Il évoque une régression quant aux droits politiques et libertés individuelles. Les différents scrutins électoraux, le pluralisme politique et le fonctionnement du gouvernement ont été vigoureusement critiqués. L’ONG a également mis le doigt sur les milliers de manifestations qui ont eu lieu contre la détérioration des conditions socio-économiques et l’immobilisme politique et économique. Dans son rapport, elle a également fait état d’une “corruption à grande échelle qui continue à miner le secteur public économique”, en citant surtout le secteur de l’énergie.

Human Rights Watch a, pour sa part, dressé un bilan accablant concernant l'état des droits de l’Homme. Selon elle, les autorités algériennes ont «restreint la liberté d’expression, la liberté d’association, de réunion et de manifestation pacifiques, et ont eu recours à des arrestations et à des poursuites à l’encontre de militants politiques et syndicaux». Toujours selon HRW, le gouvernement a «continué à bloquer l’enregistrement juridique des organisations non gouvernementales algériennes de défense des droits humains et a maintenu sa non-coopération avec plusieurs experts et mécanismes de droits humains des Nations unies».  L’ONG a noté que les manifestations restaient toujours interdites, ainsi que les meetings et autres rassemblements. Le pouvoir a continué par ailleurs à faire la chasse aux syndicalistes indépendants, à entraver leur travail et à museler toute expression de l’opposition, a-t-elle encore relevé.

L’interminable traîne des projets AADL

2015 a été l’année de toutes les promesses concernant le secteur de l’habitat. Le ministre du secteur est intervenu à plusieurs reprises pour décaler des dates ou faire reculer des échéances. Les souscripteurs aux projets AADL 1 et AADL 2 attendent depuis 2001, l’attribution de leurs appartements qui peinent à être réalisés. Il faut dire que la bureaucratie a plombé les procédures administratives exigeant par des opérations de vérification sans fin. Le ministre du secteur s'est risqué, par pur populisme, à des promesses que les conditions économiques actuelles rendent difficiles à concrétiser. Vient s’ajouter à cette situation délétère, un projet AADL 3 irréalisable vu l'amenuisement de la rente pétrolière . Les citoyens, pour leur part, affirment qu’ils seront intransigeants face à une volte-face des autorités publiques et que les promesses faites doivent impérativement être tenues, sans quoi...

96% des élèves en déperdition scolaire

Les Algériens ont été choqués d’apprendre que 96% de la population scolarisée était en situation d'échec, une catastrophe nationale sachant que l’école est le socle de tout développement. Ainsi,  sur 1.000 élèves de la même promotion inscrites au primaire, seulement 04% d’ente eux réussissent à décrocher le BAC sans redoublement. Les chiffres fournis par la ministre de l’Education ont fait dresser les cheveux dans les chaumières et ont suscité un vif débat dans la société. Les réactions sur les réseaux sociaux ont exprimé une peur profonde de voir les enfants algériens prendre le chemin de la radicalisation engendrée par le manque d’instruction et l’enracinement d’un certain extrémisme dans la société algérienne.

Le spectre des kidnappings d’enfants 

Cette année à été indéniablement marquée par les innombrables kidnapping d’enfants. Cette tendance a pris des proportions alarmantes durant l'année 2015. Les enlèvements, dont ont été victimes les enfants, étaient souvent suivis de viol sexuels. Plusieurs cas d’enlèvement ont été abondamment médiatisés durant cette année. Le plus retentissant a été celui du petit Amine Yarichène victime d’une machination orchestré contre son père. Ces enlèvements ont attristé des millions d’Algériens qui ont exprimé leur peur profonde face à ce phénomène qui menace la population juvénile.

La «dépréciation/dévaluation»  de la monnaie nationale 

2015 aura été une année difficile pour l’économie algérienne avec la chute du prix du pétrole. Les indicateurs macro-financiers étaient au rouge provoquant une chute vertigineuse de la monnaie nationale. Le dinar a perdu plus de 30% de sa valeur menaçant ainsi le pouvoir d’achat des Algériens. Cette chute du dinar a également eu pour effet une hausse considérable de la valeur des devises fortes tel l’Euro et le dollar  US.

La population du Sud en lutte contre le gaz de Shiste 

Malgré toutes sortes de pression, le mouvement de protestation dans le Sud, en particulier à In Salah, contre les forages d’exploration de gaz de schiste a profondément marqué le début de l’année 2015. Malgré la forte mobilisation, le gouvernement algérien, fidèle à sa culture du mépris, a délivré des permis d’exploration de gaz de schiste. Quatre puits ont été forés près d’In Salah, dans les bassins d’Ahnet et d’Illizi. Les forages ont été soumis à des opérations de fracturation hydrauliques, une technique très controversée. Face à cette arrogance du pouvoir, la population d’In Salah a décidé de mener un mouvement de contestation pacifique qui a fini par faire reculer momentanément le gouvernement.