L’année 2016 s’annonce pour l’économie algérienne sous des auspices économiques périlleux. Elle sera surtout marquée par la chute des prix pétroliers dont l’impact sera cependant amorti l’année prochaine par le recours aux réserves financières (épargne budgétaire et réserves de change) constituées au cours de la décennie écoulée; en évitant ainsi aux algériens une «cure d’austérité» trop sévère.

 La réaction des autorités algériennes face au choc pétrolier déclenché en juin 2014 a été  tardive. Stimulé par la prise de conscience du caractère durable de la crise pétrolière, le processus de réduction des dépenses de l’Etat n’a été vraiment enclenché qu’avec la loi de finance 2016 qui ne prévoit encore que des coupes budgétaires relativement modestes et concentrées essentiellement sur les dépenses d’équipement. En puisant encore largement dans les réserves financières du pays  la loi de Finances  2016, si fortement décriée, renvoie en réalité encore  aux prochaines années les ajustements les plus importants et les «grands chantiers de réforme» de l’économie algérienne.

Une croissance qui restera «molle» en 2016

Tout comme les années précédentes, le gouvernement  table pour l’année prochaine sur une croissance économique proche de 5 % (4,6% exactement). Ces prévisions ont régulièrement été démenties au cours des dernières années avec une croissance réelle qui a été en moyenne de l’ordre de 3% depuis près de 10 ans. Cette contre-performance relative a, jusqu’ici, été surtout imputable à la stagnation, voire le recul enregistré au cours de cette période par la production du secteur des hydrocarbures. Il n’y a pas de raisons de penser que les performances seront meilleures  en 2016. D’autant plus que la réduction des dépenses d’équipement de l’Etat devrait peser sur l’activité du secteur des travaux publics qui a été un des principaux moteurs de la croissance des dernières années.

Les exportations et les réserves de change en baisse sensible

Du point de vue de nos échanges extérieurs, l’année 2016 devrait surtout être caractérisée par une nouvelle et forte  baisse des revenus issus des exportations d’hydrocarbures. Selon les chiffres communiqués récemment par  le ministre des Finances, ces derniers devraient  s’établir à 26,4 milliards de dollars en 2016, contre une prévision de clôture de 33,8 milliards de dollars en 2015. Avec des importations en baisse, mais qui seront sans doute encore proche de 50 milliards de dollars l’année prochaine, c’est un déficit commercial record, compris entre 20 et 25 milliards de dollars, qui est prévu pour 2016. Compte tenu des déficits supplémentaires enregistrés par nos échanges de services et des mouvements de capitaux, le déficit de la balance des paiements devrait atteindre le niveau sans précédent de 30 milliards de dollars en 2016.

En conséquence, les réserves de change risquent de passer de 151 milliards de dollars en 2015, à 121 milliards à fin 2016, toujours selon M. Benkhalfa. A noter que ces différentes projections reposent sur l’hypothèse d’un prix moyen du baril de 45 dollars en 2016.

L’Etat va puiser largement dans les réserves financières

Sur le plan budgétaire, le gouvernement annonce pour l’année prochaine des dépenses de l’Etat en baisse de 9% mais encore  proches de 78 milliards de dollars. Avec des recettes prévues de l’ordre de 49 milliards de dollars, le déficit budgétaire sera considérable en 2016 (12% du PIB selon le chiffre communiqué récemment par M. Benkhalfa). Son impact sera cependant amorti au moyen du recours à l’épargne accumulée dans le Fonds de Régulation des Recettes(FRR) qui devrait perdre l’année prochaine au moins la moitié de ses réserves et terminer l’année 2016  avec une dotation d’un peu plus de 17 milliards de dollars, selon les prévisions du gouvernement qui sont encore jugées très optimistes par beaucoup de spécialistes.

Selon les chiffres du projet de loi de finance, des dépenses budgétaires fixées à 78  milliards de dollars, c’est un prix d’équilibre budgétaire encore très largement supérieur à 100 dollars (environ 108 dollars)  pour le baril de pétrole. On est donc très loin de la politique d’austérité évoquée ces dernières semaines, malgré l’effort de réduction des dépenses publiques prévu  en  2016  par le gouvernement (une diminution annoncée de 9%).Il faudra donc encore cinq ou six années d’un effort comparable pour revenir  à un niveau proche de l’équilibre pour nos finances publiques et éviter ainsi une situation de faillite à l’Etat algérien. C’est apparemment cette démarche très progressive, mais malheureusement  pour l’instant très impopulaire, que le gouvernement s’est finalement décidé à mettre en œuvre.

Un risque d’accélération de l’inflation

Les prévisions du gouvernement qui suscitent le plus de scepticisme sont cependant celles qui concernent une inflation «contenue à 4% en 2016», selon les éléments de cadrage de la loi de finance. Outre que les chiffres des derniers mois de 2015 situent déjà la tendance de la hausse des prix  à un niveau proche de 6 %, les conséquences de la dépréciation du dinar n’ont sans doute pas encore été absorbées entièrement et la plupart des spécialistes s’attendent à une poursuite de l’accélération de l’inflation qui devrait cependant rester sous la barre des 10 % l’année prochaine.

L’après 2016 ? Vers la réforme du système des subventions.

La seule réduction des dépenses d’équipement de l’Etat est une option périlleuse pour la croissance économique du pays. Après les premiers «ajustements» réalisés en 2016, la prolongation probable de la crise pétrolière au cours des prochaines années devrait conduire à la mise en œuvre de «réformes de structure» plus profondes de l’économie algérienne. La première, et sans doute la  plus importante, a déjà été annoncée par le ministre des Finances. Il s’agit de la réforme du système de subventions. Le premier argentier du pays a indiqué, voici quelques jours,  que le gouvernement est «en train de réfléchir pour aboutir, d’ici deux à trois ans, au ciblage des subventions». Signe que la démarche de l’exécutif  n’est plus au simple stade de la «réflexion», le ministre a ajouté que le gouvernement a commencé «à mettre en place une carte des ménages défavorisés afin de passer d’un système de subventions généralisées à des subventions ciblées». La réduction des subventions va d’ailleurs commencer dès le 1er janvier prochain avec une augmentation encore modeste mais significative des prix des carburants et des tarifs de l’électricité. Bonne année 2016 quand même.

Hassan Hddouche