Mardi soir, au centre d’études diocésain les Glycines, s’est tenue une conférence animée par Jacques Fournier, ancien haut fonctionnaire français, qui a évoqué la mémoire et l’histoire de l’illustre intellectuel Mohand Tazerout.

L’entretien avec M. Fournier, un proche du penseur algérien, puisqu’il en a épousé la fille, s’est concentré sur la vie et le parcours du célèbre sociologue, et les questions de fond sur son œuvre furent rapidement discutées à la fin de l’évènement.

Une partie de la famille de Mohand Tazerout était présente, et un des principaux points du débat portait sur la période de jeunesse de l’auteur, qui a souvent alimenté les fantasmes sur les grands voyages qu’il aurait entrepris, en Chine, en Iran, en Mongolie etc. Pour M. Fournier, il y a «d’un côté la légende», avec tous ces beaux récits de «tour du monde», mais «le récit ne résiste pas à l’épreuve des faits». En lieu et place de ces voyages, il serait entré dans l’armée en 1914, ayant acquis le statut personnel français, avant de se marier avec une institutrice vendéenne en 1917. Une de personnes présentes dans l’audience ajoute, à la fin de la conférence, que «même Tazerout n’a jamais prétendu avoir fait tous ces voyages».

Décrit comme un professeur «autoritaire» et sachant «tenir une classe», l’intellectuel algérien est devenu par la suite un germaniste réputé. Il exerce sa profession en Charente-Maritime et en Vendée, «est affecté à Angoulême, à la Rochelle, à Nantes», et commence l’écriture d’une importante production intellectuelle, notamment avec la traduction d’une partie de l’œuvre du philosophe allemand Oswald Spengler, qui développe une vision originale de l’histoire, et qui explique certaines des controverses à l’égard de Tazerout pendant cette période ambiguë.

Son rapport à l’Algérie reste complexe. A l’instar de Ferhat Abbas et de beaucoup d’intellectuels de l’époque, il reste longtemps assimilationniste dans les années 1920, croyant «en une future égalité réelle». Pour M. Fournier, c’était une illusion, «les évènements s’accélèrent, les insurrections commencent, et il va progressivement prendre une position claire pour l’indépendance». Mohand Tazerout n’est jamais revenu au pays après l’indépendance, et cela a continué de susciter beaucoup d’interrogations, surtout après sa mort, en 1973. Son gendre évoque sa fierté, «personne ne l’a jamais rappelé en Algérie», explique t-il, et d’autres personnes dans la salle parlent aussi d’un certain rapport «à l’exil».

Cette conférence fut l’opportunité d’une véritable discussion entre la famille, les proches et les lecteurs de l’intellectuel algérien, même si on regrette le peu de place laissé à l’élaboration concrète de ses idées. Une histoire et un parcours passionnant, entre l’Algérie et la France, de 1893 à 1973, pendant des périodes troubles et complexes, qui évoque des imaginaires pluriels, de la poésie kabyle aux œuvres germanistes, en passant par l’illusion assimilationniste et l’indépendance algérienne. Une œuvre à relire pour mieux comprendre le siècle passé.