Politique/ Noureddine Boukrouh : «Le différend entre le DRS et la Présidence sur le quatrième mandat ne constitue qu’une partie du puzzle» 

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«La situation de turbulence politique à laquelle assiste la sphère publique dans notre pays a été engendrée par les tiraillements profonds qui ont accompagné la réélection du président Bouteflika pour un 4ème mandat», tel est le constat fait par l’ancien ministre Noureddine Boukrouh, lors de son passage sur Beur TV.    

Selon lui, la réélection du président en avril 2014, a conduit le clan des vainqueurs à opérer un certain nombre de changements au sein du département du DRS pour garantir une pérennité du cercle présidentiel et ce, en éliminant son patron le général Toufik qui constituait une gêne aux plans futurs des tenants du pouvoir.

«Les prémices de cette guerre des titans remontent à l’année 2013, une année marquée par la mise à la retraite de plusieurs responsables du DRS, de hauts gradés réputés pour leur proximité avec le général Toufik. Le motif de la restructuration des services de renseignement et de la modernisation d’un appareil vieillissant et totalement instrumentalisé ne tient pas la route, car les nouveaux régents ont réussi à designer de nouveaux officiers supérieurs acquis à la cause du président», indique par ailleurs Noureddine Boukrouh. Ces turbulences qui secouent la scène publique dans notre pays résultent donc, selon lui, d’un conflit entre le chef du DRS et le clan présidentiel, mais résultent également d’une situation de dualité entre les différents clans à l’intérieur même du DRS.

Boukrouh livre à ce propos une lecture intéressante dans la mesure où il affirme que le régime, tel que configuré depuis la fin des années 80, ne pouvait qu’engendrer des contradictions et des luttes de pouvoir. Il affirme à ce sujet que «le général Toufik a été aux commandes du pays depuis 25 ans durant lesquelles il a façonné un système avide de pouvoir qui a fini par l’évincer».

L’ancien ministre indique que cette lutte au sommet de l’Etat résulte d’un processus de cumul; il explique à ce sujet que le différend entre le DRS et la Présidence, concernant le quatrième mandat, ne constitue qu’une partie du puzzle. Pour illustrer ses propos, M. Boukrouh évoque l’instrumentalisation des affaires de corruption par le chef du DRS et l’incrimination de l’ancien ministre de l’Énergie Chakib Khelilqui a suscité la réaction du clan présidentiel, procédant au limogeage de plusieurs officiers de haut rang. En clair, on comprend que c’est les visions politiques des deux clans qui ne concordaient plus. La preuve de ce choc : la décision du Président de réviser la constitution, une révision qui prévoit une redéfinition des missions du DRS, autrement dit une neutralisation des services secrets.

Boukrouh explique également que la crise économique actuelle et la conjoncture sécuritaire régionale nous ont définitivement démontré que les décisions sont prises par le clan présidentiel, mettant fin à l’ancien modèle de gestion collégiale des affaires de l’État. Il relève également, «une certaine hostilité du clan présidentiel à l’égard de la société algérienne, un comportement hostile reflétant une peur profonde de ce clan cloîtré au sommet de sa tour d’ivoire d’une population désabusée».

L’ancien ministre évoque également l’affaire du général Hassan pour expliquer l’ampleur de la crise que vit aujourd’hui l’Algérie. Il a déclaré à ce propos que le tout puissant clan de la présidence a fini par rendre impuissant le patron du DRS, surnommé à l’époque Rab Dzayer, et qui a été réduit à envoyer une lettre ouverte au Président à travers la presse.

Massinissa Mansour