C’est vrai que Saadani, le patron du FLN et l’ami du frère du Président, avait promis de démissionner du FLN si Louisa Hannoun prononçait en public : « Bismillah ». D’accord elle l’a fait. Et alors ? Où est le problème ?

Qui peut prouver qu’elle l’a fait sincèrement, que ce n’est pas de la comédie tout ça et qu’elle croit réellement en Dieu ? Parce que Saadani, lui, il croit en Dieu puisqu’il dit tout le temps bismillah, qu’il connaît quelques imams et qu’il va à la mosquée comme tout le monde. Et alors ? Où est le problème ?

C’est vrai qu’il a traité Louisa Hannoun de poule sans œufs, qui caquette pour rien et qui parle trop. Saadani a une dent contre les poules qui ne pondent pas parce qu’il n’aime pas les bouches inutiles, les assistées, les fainéantes, celles qui passent leur temps dans les salons de coiffure ou au hammam. Louisa Hannoun a pris ça pour une insulte ? Et alors ? Où est le problème ?

Il dit qu’il avait dit ça pour rire, que Louisa comme il l’appelle, n’est pas vraiment intelligente parce que si elle avait été un peu futée, elle aurait ramené un œuf pour lui prouver qu’il a tort. Il pense que quand on dirige un parti des travailleurs, cela veut dire qu’on préfère passer son temps dans les réunions et les palabres, pour ne pas mettre les mains au charbon. Pour lui c’est tous des faignasses. C’est un peu sévère peut-être ? Et alors ? Où est le problème ?

Il dit que ceux qui lui reprochent certaines de ses déclarations, ne comprennent rien à la politique. Quand il avait dit « La France nous a donné l’indépendance », il avait ajouté « parce qu’on l’avait forcé » et ce n’est pas de sa faute si personne ne l’a entendu. L’important c’est ce qu’il pense lui. Et alors ? Où est le problème ? Saadani n’a jamais protesté parce qu’on lui reproche de jouer de la derbouka. Il dit que ce n’est pas de sa faute si les gens ne comprennent rien à la musique. Giscard d’Estaing, l’ancien Président français, jouait de l’accordéon. Est-ce que ça l’a empêché d’être le plus jeune et le plus intelligent des présidents français ? Non ! Et alors ? Où est le problème ?

On lui rapporte que les ventes de derbouka ont explosé, qu’il y a même pénurie dans certaines villes et que tous les jeunes qui viennent s’inscrire au FLN se croient obligés de joindre une derbouka à leurs C.V. Entre nous ça doit lui faire plaisir, le Saadani. Quand on l’interroge sur ce brutal engouement pour la percussion, ses yeux brillent de joie et il répond : « il vaut mieux faire envie que pitié ». Vous doutez de ses compétences ? Et alors ? Où est le problème ?

Il n’aime pas les situations pas très nettes, les polices parallèles, les polices secrètes, les polices d’assurance, les services secrets, les tractations secrètes, les conciliabules, les conclaves, les comptes secrets, les accords secrets, le secret médical. Lui, il est franc du collier et il est pour la clarté. Les histoires d’appartement à Paris, de carte de séjour etc, il dit que c’est de la jalousie, que chacun fait ce qu’il veut avec son argent et même en supposant que ce soit vrai, et alors ? Où est le problème ?

Il n’a rien contre l’armée, mais il n’aime pas trop que les militaires se mêlent de politique et pense qu’ils devraient traquer les terroristes, mourir au combat ou rester dans les casernes et n’en sortir que si on les appelle. C’est sa façon de voir et alors ? Où est le problème ?

Il s’énerve quand il entend dire qu’on ne peut pas être premier ministre si on ne sort pas de l’ENA. Ça le fait rire parce qu’il dit qu’il sait de quoi il parle quand il dit que le niveau de l’ENA c’est zéro pointé. Tout le monde aura compris à qui il fait allusion ? Et alors ? Où est le problème ? Il dit qu’il n’a jamais voulu se mêler de politique et qu’il ne pouvait se dérober quand on est venu insister pour qu’il dirige l’Assemblée Nationale ou pour sauver le FLN. Il dit qu’il a la notion du devoir, qu’il a fait un grand nettoyage dans ce parti, qu’il a éliminé tous ceux qui ont fait le maquis et dégoûté tous ceux qui aimaient la politique. Il fanfaronne ? Et alors ? Où est le problème ?

Il dit qu’il a été trop patient toutes ces années de marasme, que trop c’est trop et qu’il a décidé de passer à l’action quand il a vu le prix du baril s’effondrer parce qu’on a laissé partir à l’étranger le meilleur ministre de l’énergie que l’Algérie ait jamais eu. Il dit que c’est depuis ce départ que le prix de brut ne cesse de dégringoler, qu’il n’est pas sûr que Chakib Khellil accepterait de revenir pour sauver la situation et que s’il ne rentre plus au pays c’est parce qu’il est vexé. Il y en a qui ne sont pas d’accord ? Et alors ? Où est le problème ?

Il dit que lui, Saadani, il connaît la musique, qu’il va donner du rythme aux réformes, qu’il va mener tout ça tambour battant, qu’il va prendre une batterie de mesures pour accélérer la cadence parce que à l’allure où va le pays il ne voit pas comment on pourrait s’en sortir. D’accord, il sait qu’il n’a pas beaucoup de vocabulaire et qu’il utilise les mêmes mots liés à la musique et au rythme, et alors ? Où est le problème ? Il est content quand son cousin lui dit qu’il est notre de Gaulle parce qu’il est notre homme providentiel. C’est parce qu’il ne veut pas décevoir son cousin qu’il refuse de démissionner. Et ensuite parce qu’il a une haute conscience du devoir et de l’appel du destin, que le pays a besoin de lui, que d’habitude il a le sens de la parole donnée et que s’il ne démissionne pas malgré son engagement en public, c’est parce qu’il est convaincu d’avoir un destin national. Il dit qu’il sera notre grand sauveur. Il y crot, le bougre. Et c’est là tout le problème.

Aziz Benyahia

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