Khelil Chakib
Khelil Chakib

Chakib Khelil, l’ancien ministre de l’Energie, et son rôle dans le scabreux scandale de Sonatrach revient sur les devants de la scène à la suite des accusations gravissimes jetées, samedi soir, comme un pavé dans la mare, par un « ami » du général Toufik.

En direct à la télévision, le député Hacène Laribi, a révélé aux Algériens que son ami, l’ancien patron du DRS, le général Toufik lui a confié en des termes très clairs que sa relation avec Abdelaziz Bouteflika s’était terriblement détériorée depuis qu’il avait déclenché une enquête sur des pots-de-vin d’un montant de 198 millions d’euros qui auraient été versés à Chakib Khelil, « le ministre et ami de Bouteflika ». Ce montant mirobolant représenterait, selon ce proche du général Toufik, un « bakchich » avec lequel le géant pétrolier Saipem avait récompensé Chakib Khelil pour leur avoir permis de décrocher de juteux contrats pétroliers en Algérie. Les services du général Toufik auraient même confectionné un dossier accablant contre cet ancien ministre pour ordonner son arrestation, jure le député Hacène Laribi. Ceci dit, ces accusations gravissimes relèvent-ils de la vérité ou du fantasme ? Un éclairage précieux s’impose pour comprendre les dessous de ce scandale.

D’abord, il faut savoir d’où proviennent les fameux 198 millions d’euros. Il s’agit, en vérité, nous expliquent plusieurs sources très bien introduites au sein de la direction générale de Sonatrach, de l’argent de l’italien Saipem. Ce dernier a payé cette somme pour le compte d’un sous-traitant libanais appelé OGEC, une entreprise basée au Liban et qui compte, comme par hasard, parmi ses actionnaires le fameux Farid Bedjaoui, le neveu de l’ex-ministre des Affaires étrangères Mohamed Bedjaoui. Fardi Bedjaoui et Chakib Khelil se connaissent-ils ? Oui, nous répondent plusieurs sources qui ont connu et fréquenté les deux hommes. L’ancien ministre et le consultant homme d’affaires se côtoyaient dans plusieurs « salons » très prisés par la nomenklatura algérienne. Il n’est donc pas exclu que Chakib Khelil ait donné un coup de pouce pour permettre à la société de Farid Bedjaoui de décrocher un contrat juteux avec Saipem en Algérie en tant que sous-traitant, d’autant plus que OGEC ne détient aucune référence internationale dans ce domaine. Aucune nécessité économique ou stratégique ne pousssait Saipem à recourir aux services de l’entreprise de Farid Bedjaoui. Plusieurs sources nous l’indiquent : cette entreprise a été imposée par la partie Sonatrach à Saipem. Mais en quoi consiste réellement ce contrat ?

OGEC était chargée de poser et de fournir des pipelines au profit de Saipem en Algérie. 60 % du montant du contrat était payé en dinars et 40 % restants en devises sur des comptes bancaires hébergés au Liban. Chakib Khelil a-t-il été rémunéré pour ce service rendu ? C’est là qu’une enquête judiciaire sérieuse doit être enclenchée parce qu’aucune preuve matérielle ou tangible n’a été fournie pour prouver l’implication directe de Chakib Khelil dans la remise d’un pot-de-vin. D’ailleurs, le parquet de Milan en Italie, qui a enquêté sur cette affaire, n’a pas inculpé Chakib Khelil. Ceci dit, rien ne permet aussi, pour l’heure, d’écarter la possibilité d’une implication de l’ancien ministre. Ce dernier pourrait toucher un virement de Farid Bedjaoui via des comptes bancaires offshore dans les paradis fiscaux. Cette piste doit faire l’objet d’une mûre et profonde enquête. Ce que la justice algérienne ne fait pas car elle demeure prisonnière des rapports de force qui déterminent les relations entre les différentes composantes du régime algérien.

D’autre part, le montant d’un pot-de-vin dans ce contrat ne peut guère dépasser les 18 ou 19 millions d’euros pour la simple raison, nous expliquent plusieurs sources bancaires très bien informées, qu’un contrat de pose et de fourniture de pipelines comprend plusieurs charges tels le coût du matériel et les taxes à payer, à l’image des 24 % de l’IRG sur les parts transférables à l’étranger. Toujours est-il que la corruption demeure de la corruption. Et en l’absence d’une justice fiable, nous risquons de ne jamais savoir si Chakib Khelil a touché un pot-de-vin.