Un certain nombre de pays, au cours de ces deux dernières décennies, sont passés d’un système socialiste et autoritaire à un modèle libéral et démocratique, mais peu ont eu autant de succès que la Pologne, pays se situant à cheval entre l’Europe centrale et l’Europe de l’Est. Comment expliquer cette réussite économique et politique ? Y a-t-il des raisons pour l’Algérie de s’inspirer de la Pologne ? Le succès s’explique t-il autant par la transition démocratique que par le changement de structures économiques ?

Pour certains analystes, à l’instar de l’analyste Marcin Piatkowski, la réussite de la Pologne est essentiellement due au virage néolibéral qu’elle a entrepris dans les années 1990 et à son intégration au sein du système économique de l’Union Européenne.

On peut, en effet, lire, dans un article de la Banque Mondiale rédigé par Piatkowski, que la croissance de la Pologne est due au « pouvoir des neurones, à l’entreprenariat, et au travail laborieux, et non à des ressources naturelles ou à des stéroïdes financiers ». Avec un taux d’exports au-dessus de la moyenne et des niveaux de dette qui battent toute concurrence en Europe, l’analyste ajoute que cette croissance incroyable depuis le début de la transition économique ne s’est pas fait au dépens des plus pauvre, et que le taux d’inégalités est au niveau de celui des autres pays européens.

La jeunesse et la qualité de l’éducation 

Selon lui, plusieurs éléments peuvent expliquer ce glorieux démarrage. L’intégration européenne, tout d’abord. Pas seulement sur le plan de la gouvernance, des institutions politiques, de l’Etat de droit, de la démocratie etc. Mais aussi, et surtout, sur le plan financier. Les fonds de l’UE ont grandement contribué à instaurer un climat entrepreneurial favorable et à encourager les réformes nécessaires à une croissance durable. De plus, la Pologne s’est concentrée sur sa jeunesse, et sur la qualité de son système éducatif. D’après les chiffres cités par Piatkowski, qui reprend une étude menée par l’OCDE, les polonais de 15+ années sont plus lettrés que la plupart de leurs semblables européens et américains. Et c’est évidemment un point à prendre en considération pour l’Algérie. Son efficacité future passe évidemment par sa jeunesse, par son talent, qu’il faut considérer et valoriser afin de mettre un arrêt à l’évaporation des cerveaux algériens. La diaspora est bien belle, mais tant qu’elle ne contribue pas au dynamisme du pays elle ne sert qu’aux plumes des beaux discours.

Les autres raisons que donnent Piatkowski relève des arguments libéraux classiques de la Banque mondiale : la Pologne aurait introduit des réformes pro-marché dés le début de la transition post-socialiste, et cela aurait donc permis au secteur privé de se développer et de sortir rapidement de la récession qu’ont subi une majorité d’économies de transition à l’époque. Le processus de privatisation aurait ainsi été effectué d’une manière efficace et transparente : « il n’y a plus d’oligarques polonais aujourd’hui », explique t-il. Du côté de la demande aussi, la Pologne a bénéficié d’un marché domestique croissant et dynamique, qui l’a aidé à subir les chocs externes tels que ceux de la crise financière en 2008 et 2009.

Le politique précède l’économique 

Mais, en cherchant les éléments comparables avec la situation algérienne, on peut aussi se poser la question suivante : le changement politique précède t-il le changement économique ? Ou plutôt : la transformation de l’économie algérienne est-elle possible au sein d’un système politique fondamentalement différent, en l’occurrence au sein d’un système autoritaire, pour ne pas dire dictatorial ? Historiquement la question se pose, et heureusement beaucoup de cas montrent des exemples d’Etat-nations (Espagne, Corée du Sud, Taiwan) dont les transitions économiques ont précédé, et donc encouragé, des changements politiques majeurs, et on pourrait donc légitimement imaginer que les particularités de la société algérienne l’orientent vers ce type de transition historique.

Mais le raisonnement marche aussi dans l’autre sens. Dans la majorité des pays d’Europe de l’Est, lors de la chute des régimes communistes, le renforcement du contrôle démocratique a permis de limiter l’accaparation des ressources par les élites bureaucratiques en place. Il parait évident que la démocratie renforce l’intérêt d’un gouvernement à agir pour le bien de la population, et d’un point de vue économique un système transparent contraint surtout l’Etat à rendre des comptes à son peuple de manière plutôt régulière. Mais pour cela il faut des structures de contrôle qui soient indépendantes, et des instances d’analyse des finances publiques qui ne soient pas liées de près ou de loin au pouvoir en place.

Au regard de la situation actuelle, et l’engourdissement dans lequel se trouve les élites algériennes, le salut économique semble plutôt passer par un renouveau politique majeur, et par le renforcement nécessaire des structures démocratiques. Comme le montre le modèle polonais, le rôle de l’éducation est primordial, et ce sont les jeunes ambitions qui feront les talents de demain. L’Etat doit offrir à ces talents les moyens de leurs projets, et doit redevenir attractif aux yeux d’une diaspora qui dispose elle aussi de rêves sans limites pour cette terre aux si riches ressources. La jeunesse et l’éducation doivent être des priorités.