Yougourthen Ayad, président de l’association Algériens des deux rives et leurs amis (ADRA) est furieux. Il dénonce avec la plus grande vigueur l’article 51 du projet de révision constitutionnel. Il estime qu’il s’agit là d’une exclusion pure et simple des Algériens de la diaspora et souligne le manque à gagner pour notre pays, qui se voit privé de leurs potentialités matérielles et intellectuelles. Entretien.

 Algérie Focus: L’article 51 sur les binationaux a été amendé. Toutefois, les binationaux restent exclus de certaines hautes fonction non encore précisées. Qu’en pensez-vous ?

Yougourthen Ayad: Nous n’avons aucune information officielle concernant l’abrogation de l’article 51 du projet de révision de la constitution que l’association ADRA déplore, juge inégal, méprisant et  discriminatoire.

Que demandez-vous à l’Etat algérien ? Son abrogation ?

L’association ADRA est bien claire dans son communiqué et dans la pétition que nous avons lancée et qui a été relayée dans les médias et sur les réseaux sociaux. Nous demandons  le retrait total de cet article qui exclut les citoyens algériens établis à l’étranger, qu’ils soient binationaux ou je ne sais pas quoi d’autre. La loyauté envers son pays ne se juge pas à la couleur des papiers, mais aux actes et engagements.

 Qu’est-ce qui motive votre position ?

l’Article 51 serait lourd de conséquences pour les binationaux et surtout pour l’Algérie. Ainsi plus de six millions d’Algériens seraient privés de pouvoir participer au développement de leur pays. L’Algérie se verrait amputée d’une grande partie de ses enfants à contre courant de ce qui se passe dans d’autres pays, notamment face aux défis auxquels notre patrie est confrontée. Outre la perte en potentiel, cet article viole le principe constitutionnel de la non discrimination énoncé dans l’article 29: « Les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe, d’opinion ou de toute autre condition ou circonstance personnelle ou sociale ».

Comment se déroule votre mobilisation ?

Une conférence de presse aura lieu, dimanche prochain à 15h00, avec des intervenants opposés à cette constitution élaborée, hélas, par une classe dirigeante loin des préoccupations quotidiennes des Algériens tout court.  Il faut voir les traitements dans les consulats, dans les transport en direction du pays et lors du rapatriement des corps. Nous allons réfléchir pour appeler tous les Algériens de l’étranger à se mobiliser et manifester devant les consulats en France et ailleurs.

Si les binationaux sont exclus des hautes fonctions de l’Etat, en quoi cela dérange-t-il vraiment ?

C’est formidable que les binationaux  manifestent leurs mécontentement. Cela signifie qu’ils se sentent  proches de leur pays d’origine, malgré le mépris dont font preuve à leur égard les autorités algériennes.

Je tiens à rappeler à ceux-là que les citoyens binationaux et émigrés ont toujours contribué à défendre corps et âme leur pays, notamment lors de la Révolution nationale.

Aujourd’hui encore, les Algériens de la diaspora sont des acteurs incontournables de la vie politique et économique du pays. Ils constituent une source de richesse matérielle et intellectuelle dont l’Algérie ne peut se passer. Surtout dans le contexte actuel où notre pays est confronté à de grave problèmes. Je leurs rappelle que la communauté algérienne basée à l’étranger rapporte au pays quelques cinq milliards de dollars par an.

Pourquoi pensez-vous que le gouvernement algérien a pris une telle décision (article 51)?

Les autorités algériennes, afin d’éluder leurs échecs politique, économique et sociale, trouvent des moyens malsains pour détourner les citoyens des vrais débats et ce, depuis l’indépendance. Elles œuvrent ainsi pour la division de l’Algérie en créant une catégorie de sous-citoyens, et en reniant une partie de ses enfants.

Entretien réalisé par R. Amzal

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