Production nationale/ Le crédit à la consommation, une mesure salutaire ou suicidaire?

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La liste des produits éligibles au crédit a la consommation a été rendue publique voici quelques jours. Elle est finalement plus longue que prévue. 

Les véhicules, les cycles et motocycles, les  produits électroménagers, les ordinateurs, les téléphones et les smartphones, les meubles, mais également les tissus d’ameublement, les tapis, les matériaux de construction et la céramique  figurent parmi les produits choisis par le gouvernement pour «soutenir la production locale, et réduire les importations».

Crédit  »conso », le retour

Gelé depuis 2009, par une loi de finances complémentaire, pour contenir les importations et limiter le niveau d’endettement des ménages, le crédit à la consommation a été réclamé par le patronat algérien pour soutenir la production nationale. L’accord de principe pour sa réintroduction dans le circuit bancaire a été avalisé lors de la tripartite de 2013. Le ministère des Finances avait insisté sur la mise en place d’une centrale des risques pour gérer l’endettement des ménages comme préalable au retour de ce mécanisme commercial.

Il  a été pris en charge par l’article 88 de la loi de finances 2015, et il est destiné exclusivement aux produits fabriqués ou assemblés localement. Les prêts bancaires peuvent, en fonction du choix de l’emprunteur, couvrir la totalité du prix du produit acquis, mais seront assortis de taux d’intérêt non bonifiés. Les produits éligibles au crédit à la consommation ne sont pas conditionnés par un taux-plancher d’intégration du produit. Les revenus de l’emprunteur devront assurer le remboursement du crédit durant les délais fixés par le décret exécutif relatif au crédit à la consommation, dont la durée est supérieure à trois (3) mois et n’excédant pas les soixante (60) mois.

BNP Paribas en tête et la «Symbol» en vedette

En tous cas, les banques privées n’ont pas traîné pour adopter ce nouvel instrument et BNP Paribas El Djazaïr est la première banque à avoir  lancé le crédit à la consommation, a annoncé, hier,  son directeur général Pascal Fèvre. «Nous avons lancé le crédit à la consommation dimanche dernier. Il y a un engouement pour la Renault Symbol», seule voiture éligible pour l’instant à ce type de crédit, précise M. Fevre. La banque privée a déjà reçu plus d’une centaine de demandes de crédit pour l’acquisition de la Symbol, selon M. Fevre qui se félicite du retour du crédit à la consommation après sept ans de suspension. «Nous avons conclu un partenariat avec Renault qui est notre partenaire au niveau mondial. Notre priorité est la Renault Symbol», explique le patron de la filiale algérienne du groupe bancaire français.

Une bonne nouvelle aussi  pour la marque au losange, l’unique constructeur qui possède une usine de montage de voitures de tourisme en Algérie. La production de son usine de Oued Tlelat, dans la région d’Oran  devrait doubler cette année et pourrait atteindre les 50 000 véhicules.

Une «bonne nouvelle» ou une «mesure dangereuse» pour l’économie nationale ?

Une bonne nouvelle donc pour Renault qui, nous dit-on, avait du mal à vendre ses Symbol «made in Algeria». Bonne nouvelle aussi pour les banques publiques et privées qui en tireront un supplément d’activité et de clients. Mais s’agit-il vraiment d’une bonne nouvelle pour l’économie nationale. Ce n’est en tous cas pas l’avis  de M.Kamel Benkoussa, expert financier et ex- candidat à la présidence de la République qui affirmait carrément, hier,  dans une déclaration à notre confrère Maghreb Émergent que «la décision de rétablissement du crédit à la consommation est une mesure suicidaire». Selon le financier algérien, «il ne faut pas se faire d’illusions, le crédit à la consommation ne pourra pas soutenir le produit algérien du fait qu’en dehors de certains  produits du groupe Cevital, il n’y pas actuellement d’intégration dans l’industrie algérienne. L’immense majorité de l’industrie algérienne se contente de faire  de l’assemblage. L’usine Renault, dont on a beaucoup parlé, ce sont 350 employés qui font du montage». Dans ces conditions, «le crédit à la consommation va soutenir principalement l’importation d’autant plus qu’on n’a fixé aucune condition en matière d’intégration des  produits», selon Kamel Benkoussa.

Le crédit à la consommation au secours de la production nationale ? Le débat reste ouvert et les résultats du commerce extérieur nous renseigneront, dès les premiers mois de l’année en cours, sur son efficacité .

Hassan Haddouche