Le spectacle est fini et Abdelaziz Bouteflika a désormais la constitution dont il rêvait. Il donne l’air d’avoir «doté» le pays d’une loi fondamentale «moderne», tout en gardant intacts les atavismes hérités du coup de force de l’été 1962.

La révision de la constitution s’est déroulée comme toutes celles qui l’ont précédée : le changement dans le texte a eu lieu par les proches du système. Le consensus qu’exige une telle entreprise ne s’est par contre pas produit. Et tant mieux si des partis politiques et des personnalités ont décidé de ne se joindre à la masse des laudateurs! Tant pis aussi si la vraie démocratie peut attendre et si de véritables élections n’auront pas lieu de sitôt ou encore si la justice n’a d’indépendant que le nom.

La réalité est que si Abdelaziz Bouteflika a concédé certains strapontins dans cette révision constitutionnelle, confirmant qu’il ne croit pas en la démocratie. Et son discours, lu en son nom par Abdelkader Bensalah, président du parlement, en dit long sur les convictions de l’homme.

« Dans cette œuvre, il ne s’agit pas,  de toute évidence, d’importer et de plaquer telles qu’elles des institutions et des concepts, produits de l’histoire politiques particulière d’autres nations. Il ne s’agit pas non plus de reprendre tels quels les fruits des discours et  des débats qui y sont développés, fussent-ils pertinents, en faisant fi de sa  propre histoire et des spécificités de sa société. Car, reproduire ces schémas  venus d’ailleurs, qui ont, sans doute, pu générer des effets bénéfiques dans  les sociétés où ils sont nés, c’est non seulement s’éloigner dangereusement  de sa propre réalité nationale, mais aussi et surtout courir le risque de s’identifier  à ces pays et se donner l’éphémère illusion de se hisser au rang des sociétés rompues depuis des siècles au plein exercice de la démocratie », écrit-il. Une façon de signifier qu’il ne faut pas trop demander à un homme qui ne croit pas à grand-chose.

La preuve est que cette révision de la constitution n’est que de la poudre aux yeux : deux jours avant le vote du parlement, des syndicalistes qui voulaient se réunir à Alger ont été empêchés de tenir leur rencontre. Pis, ils ont été conduits dans un commissariat. Une preuve que les temps anciens n’ont pas changé.

Dans les formes, Bouteflika donnera l’impression de changer en nommant notamment un ministre de la défense «civil» ou en annonçant la création d’une académie de langue amazighe. Mais cela ne constitue pas une révolution que le système n’engagera jamais. Son seul et unique souci est sa survie.

Essaïd Wakli

 

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