Décryptage/ L’Accord d’association Algérie-UE a-t-il encore un avenir ?    Par Hassan Haddouche

0
231

Fausse alerte, l’Accord d’association avec l’Union européenne n’a pas été gelé «par surprise» voici quelques jours. On s’en doutait un peu. Vous imaginez un accord international entre l’Algérie et le grand voisin européen, voulu et signé  par le président Boutéflika en personne et annulé par un télégramme du DG des douanes ?

 L’épisode comique de la bévue de l’administration des douanes, intervenu ces derniers jours, a au moins  le mérite de remettre sur le devant de la scène un accord international très controversé et finalement assez peu connu du public algérien.

C’est sans doute un hasard, mais il se trouve qu’une importante réunion du Comité d’association entre l’Algérie et l’Union européenne (UE) est programmée, aujourd’hui même jeudi 25 février, à Bruxelles. Elle s’annonce tendue. Aux profonds désaccords sur l’évaluation de l’Accord d’association en vigueur depuis septembre 2005, s’ajoutent depuis quelques mois les malentendus sur la décision du gouvernement algérien d’instituer des licences d’importation.

Le rendez-vous d’aujourd’hui a été précédé, le 06 octobre dernier, par une réunion du Conseil des ministres algériens en présence du Président de la République, affichant dans un communiqué officiel son insatisfaction des autorités algériennes face aux résultats jugés décevants et asymétriques de 10 années d’application de cet accord international négocié et ratifié au pas de charge au début de la décennie écoulée. La partie algérienne annonce la couleur. Les Européens auraient été les seuls bénéficiaires grâce à l’augmentation de leurs exportations vers l’Algérie. Les sacrifices consentis par notre pays à travers la réduction des droits de douanes n’auraient, en outre, pas eu les contreparties attendues en termes d’investissements européens en Algérie.

 Pas de clash

En dépit de ces formulations assez abruptes, les initiés sont convaincus qu’il n’y aura pas de clash entre Alger et la Commission de Bruxelles. Des messages ont été transmis discrètement par les autorités algériennes qui renouvellent l’assurance que l’Accord d’association reste pour Alger un “axe stratégique” de sa démarche de coopération. Même si les enjeux sont ainsi balisés, beaucoup de choses restent encore à négocier et à éclaircir dans les relations entre les deux parties, à la fois sur le plan commercial, sur le plan des investissements ou sur celui de la coopération en général.

Le commerce d’abord

Sur le plan commercial, l’ambition de l’Accord d’association est de parvenir à améliorer les conditions de vie des populations concernées grâce au développement des échanges, à l’amélioration de l’offre de produits et à la baisse de leurs prix obtenus par un démantèlement progressif des barrières tarifaires et la création, en bout de course, d’une zone de libre-échange en 2020.
Entre temps, les autorités algériennes ont fait leurs comptes et s’aperçoivent qu’à la suite du gonflement accéléré des importations au cours des dernières années (près de 60 milliards de dollars en 2014, contre 11 à 12 milliards au début des années 2000), la baisse des tarifs douaniers contenue dans l’Accord d’association coûte beaucoup plus cher que prévu au Trésor algérien.

 Deux milliards de dollars perdus chaque année

Le résultat le plus palpable de l’accord est en effet une perte de près de deux milliards de dollars de revenus budgétaires sans contrepartie, selon l’estimation communiquée en 2012, par un ancien ministre des finances. Le  résultat des négociations des dernières années a été de réaménager le calendrier du démantèlement tarifaire en repoussant au maximum, vers la fin du programme, les impacts financiers les plus lourds. Il a surtout consisté à rallonger de trois années supplémentaires la période de démantèlement, en la faisant passer de 12 à 15 années, reportant ainsi l’échéance finale de 2017 à 2020 .

L’investissement, le sujet qui fâche

Sur le chapitre de l’investissement, la position algérienne a été exposée récemment à Bruxelles par le ministre des AE, M. Ramtane Lamamra, qui estimait que “les flux d’investissement européens sont en deçà des attentes de l’Algérie, en particulier ceux destinés à promouvoir la diversification de son économie et de ses exportations”. La négociation ne pourra pas éviter d’aborder la question du régime des investissements adopté par les autorités algériennes depuis 2009, en particulier le fameuse règle du 51/49 qui, selon les missions d’experts européens dépêchés à Alger, “entrave très gravement la mise en œuvre de l’Accord d’association”. Elles introduisent, en outre, une incertitude dans les décisions d’investissement des entreprises européennes en Algérie en particulier dans des secteurs-clés pour le rééquilibrage de la balance commerciale.”

Au total, l’ambiance générale dans laquelle se déroule ces négociations sur le bilan de l’Accord d’association risque fort d’être très morose. Les vastes ambitions d’une démarche qui visait à la création d’une dynamique de rapprochement et de partenariat tous azimuts entre l’Algérie et le grand voisin européen donnent, aujourd’hui, l’impression de se diluer dans d’âpres négociations commerciales.

L’éventualité d’un clash entre les deux parties a peu de chances de se produire mais on n’évitera sans doute pas le scénario d’une “application molle” de l’accord en raison, principalement, des hésitations qui continuent de planer sur la stratégie de développement algérienne et qui ne permettent pas à notre pays d’exploiter efficacement les apports de l’investissement étranger voire de la coopération institutionnelle en le maintenant dans une attitude presque uniquement défensive sur le plan commercial.