La maladie de « Teleghma » qui paralyse l’Algérie Par Abdou Semmar

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Teleghma est une petite commune située à 67 Km de Mila, à 350 à l’est d’Alger. Cette contrée de l’Algérie profonde connait depuis plusieurs mois un phénomène de gouvernance qui résume à lui-seul la paralysie de notre pays, pour ne pas dire son sous-développement. Le maire de cette ville est âgé de 82 ans. Les membres de l’assemblée communale, officiellement élus par le peuple, s’entre-déchirent pour des considérations tribales. Chacun défend les intérêts de son « aârch ». Les conflits tribaux ont engendré un immobilisme total. 

Au final, seulement 3 % du budget alloué à cette commune a été dépensé ! Le reste est toujours enfoui dans les caisses parce que chaque représentant de « aârch » conteste le projet de développement souhaité par un autre « aârch ». C’est en somme la tribu qui qui dicte les lignes de conduite. C’est elle qui fixe les priorités. Le tribalisme est devenu avec le temps une véritable maladie. Le premier responsable de la commune ne fait pas l’unanimité parce qu’il est accusé de favoriser son « aârch ». Le Wali s’est déplacé personnellement sur place pour frapper du poing sur la table. Il a menacé de dissoudre l’APC et d’en prendre la gestion. Mais rien à faire. La paralysie a persisté et les dysfonctionnements se sont aggravés.

Teleghma est, pourtant, une région magnifique, réputée pour ses sources thermales. A l’image de toute l’Algérie, elle recèle tout ce qu’il faut pour se développer, devenir riche et réaliser le bonheur de sa population. Toutefois, à l’image aussi de toute l’Algérie, Teleghma est tétanisée par ses pesanteurs sociales. Les mentalités de ses dirigeants, qui sont figées dans l’archaïsme, bloquent son essor. Teleghma est un miroir qui reflète l’Algérie d’aujourd’hui: de vieux dirigeants déconnectés de la modernité, des conflits sociaux d’un autre âge, des ressources financières inexploitées, une population prise en otage et des élites locales incapables de proposer une alternative. Teleghma est l’image même du mal profond et complexe qui génère tant de faiblesses structurelles. Un mal qui démontre que sans véritable changement social en Algérie, il n’y aura point de changement politique.