L’année 2015 aura été marquée par une forte dévaluation du dinar, une dévaluation sans aucune comparaison avec celle des années précédentes et qui rappelle, plutôt, à certains les mauvais souvenirs des années 90.

En janvier dernier, le gouverneur de la Banque d’Algérie soulignait que « l’impact du choc externe subi par l’économie algérienne  a provoqué  une dépréciation de 19,5% du cours moyen du dinar contre un dollar américain entre janvier et septembre 2015, et de 2,1% par rapport à l’euro ». Cette dépréciation s’est répercutée sur le renchérissement des prix à l’importation des biens ajoutait Mohamed Laksaci. On attends la publication, qui doit intervenir au cours des prochaines semaines, des résultats pour l’ensemble de l’année pour mesurer l’ampleur exacte de cette dévaluation sur l’ensemble de l’année écoulée.

Hausse des prix…

Pour se protéger contre les effets de cette dévaluation du dinar, les entreprises  sont tentées  de répercuter la hausse du coût de leurs approvisionnements  dans leur prix de vente. C’est ce que beaucoup de chefs d’entreprises algériens ont déjà annoncé au cours des dernières mois en précisant que ces augmentations de prix  interviennent une fois épuisés les stocks disponibles. Cette tentation est d’autant plus forte que la dépendance vis-à-vis des produits importés est grande. «L’industrie algérienne est une industrie de bout de chaîne,  une industrie de montage à faible valeur ajoutée», rappelait, voici quelques semaines, Abellatif Benachenhou. Cette dépendance vis-à-vis des produits importés est très forte, y compris dans des secteurs qu’on pourrait imaginer plus intégrés localement. Un acteur économique comme M. Slim Otmani nous confiait récemment que dans l’industrie des jus de fruits, très florissante das notre pays,  près de 45% des intrants sont importés.

…Et compression des coûts

En contexte de réduction du pouvoir d’achat des salariés algériens, la répercussion intégrale par les entreprises de la dépréciation du dinar dans les prix de vente n’est cependant pas toujours envisageable et beaucoup d’entre elles risquent de devoir également comprimer leurs coûts (un processus déjà clairement signalé pour les dépenses de marketing et de publicité) ou revoir  leurs marges bénéficiaires à la baisse.

Des filières stratégiques en danger ?

Dans un certain nombre de secteurs réputés stratégiques, la répercussion de la dévaluation du dinar dans les prix de vente ne sera cependant pas toujours possible. C’est le cas notamment pour l’industrie du médicament. Dans une interview récente, le Président de l’Unop, M. Abdelouahab Kerrar, pointait sans aucune concession les dangers qui menacent la filière à un stade critique de son développement. Le premier concerne l’absence de  révision des prix du médicament fabriqués localement qui sont figés administrativement pour une période de cinq années. «Avec les retombées négatives des fluctuations du taux de change du dinar, ce gel de nos prix équivaut à une mise à mort programmée de la production nationale», ne craignait  pas d’affirmer, voici quelques semaines, M. Kerrar dans une interview à Liberté.

Son prédécesseur à la tête de l’Unop, le DG de Merinal, M. Nabil Mellah souligne, de son côté, que «l’impact de la dévaluation du dinar sur les producteurs  n’est «toujours pas prise en charge par les pouvoirs publics alors que pour les produits pharmaceutiques, les prix de vente sont fixes et que la création d’un  marché à terme de la devise qui pourrait permettre d’amortir le choc continue à être  annoncée depuis plusieurs années».

Un  marché à terme de la devise qui se fait attendre

La création d’un marché à terme de la devise est une revendication déjà ancienne des opérateurs économiques algériens et des associations patronales. Le change à terme permet de fixer aujourd’hui un cours d’achat ou de vente de devises pour une échéance future. L’importateur, pour se couvrir contre le risque de change lié à l’appréciation éventuelle d’une devise, achète à terme les devises correspondant au montant de sa dette. Il connaît ainsi avec précision le montant en monnaie nationale qu’il devra payer.

L’impact attendu de cet instrument est la réduction des pertes de change que subissent tous les jours les importateurs  en Algérie (pertes considérables rapportées aux 50 milliards de dollars annuels du commerce extérieur de  marchandises ). Car, malheureusement, le risque qui a conduit à la fermeture de centaines de PME, suite à la dévaluation brutale du dinar dans les années 90, demeure sans traitement.

Pour ne parler que de la période la plus  récente, le gouverneur de la Banque d’Algérie assurait déjà en juin 2015, que «la banque centrale, compte prendre, au cours de l’année 2015, de nouvelles mesures pour développer le marché interbancaire des changes et promouvoir la couverture à terme par les banques de la place au profit des opérateurs». En dépit de ces annonces, on n’a rien vu venir en 2015. Le 6 janvier dernier, M. Laksaci revenait sur  cette question en  annonçant que son institution «envisageait d’introduire de nouvelles mesures pour la couverture du risque» sans donner plus de détails sur le dispositif envisagé et la nature de ses bénéficiaires éventuels ni sur un calendrier de sa  mise en œuvre.

Hassan Haddouche

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