Très attendue par les spécialistes et les médias, la dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie est en retard. Elle doit nous renseigner sur le sujet devenu très sensible de l’état des réserves financières du pays. Algérie Focus vient de bénéficier de quelques indiscrétions à propos d’un rapport qui devrait être rendu public dans les prochains jours.

 La publication de la dernière note de conjoncture de la Banque d’Algérie se fait attendre; principalement, selon nos sources, en raison du retard mis par l’administration du  Trésor  à transmettre à la Banque  centrale  les informations financières relatives aux finances publiques. Les informations qui concernent la balance des paiement en revanche sont prêtes. Elles révèlent notamment que les réserves de change du pays ont continué à fondre rapidement au cours de l’année 2015. A fin décembre 2015, leur montant s’élevait à 145 milliards de dollars, soit l’équivalent d’un peu plus de 20 mois d’importations. Les réserves officielles de change (or non compris) se sont donc fortement contractées tout au long de l’année dernière. On peut rappeler qu’elles s’établissaient à 152 milliards de dollars à fin septembre 2015, contre 159 milliards de dollars à fin juin 2015, et 179 milliards de dollars à fin décembre 2014. Ce qui porte leur réduction à près de 34 milliards de dollars en une année.

Un déficit record pour la balance des paiements 

Cette  diminution accélérée des réserves de change en 2015 est imputable principalement au déficit de la balance des paiements courants qui enregistre les échanges de marchandises et de services entre l’Algérie et le reste du monde. Ce déficit a atteint l’année dernière un niveau record et supérieur à 29 milliards de dollars ainsi que devrait le confirmer officiellement, dans quelques jours, la Banque d’Algérie. Le déficit global  de notre balance des paiements  a en outre été aggravé l’année dernière par l’opération, très coûteuse pour le pays et intervenue en janvier 2015, de rachat de la majorité du capital de l’opérateur téléphonique Djezzy dont la facture totale s’est élevée à plus de 4,5 milliards de dollars transféré à l’étranger (coût d’acquisition et libération des bénéfices de l’opérateur bloqués pendant 5 ans).

Vers un  épuisement précoce du FRR

On est donc en revanche toujours dans l’attente des informations relatives aux finances publiques. Celles-ci sont devenues particulièrement sensibles en raison des perspectives d’assèchement du Fonds de régulation des recettes budgétaires (FRR) évoquées au cours des dernières semaines par les médias nationaux. Les ressources du FRR, qui financent depuis déjà deux ans le déficit considérable  du budget de l’Etat (12% du PIB en 2016), ont fondu de moitié au cours de l’année écoulée. Elles  risquent un épuisement précoce et pourraient même disparaître complètement dès 2016. Les chiffres donnés par la Banque d’Algérie concernant le solde du FRR à fin décembre 2015, seront donc analysés avec beaucoup d’attention.

Des mesures d’ajustement insuffisantes

Le message adressé implicitement par la Banque d’Algérie au gouvernement au cours des derniers mois est en substance le suivant: «Attention vous n’avez rien fait pour économiser nos réserves financières en 2015. Les mesures d’ajustement annoncées pour 2016 risquent en outre de s’avérer insuffisantes». L’épuisement progressif de nos réserves financières est un phénomène annoncé depuis de nombreuses années par de nombreux économistes algériens. Les chroniques d’Algérie Focus s’en sont fait l’écho à de nombreuses reprises. La nouveauté des derniers mois, c’est que la chute vertigineuse du baril accélère tous les scénarios et prend de court les prévisions les plus pessimistes. Celles par exemple, toutes récentes, du ministère des Finances qui, dans la loi de finance 2016, comptait non seulement, de façon très optimiste, sur  un prix du baril de 45 dollars en 2016, mais également sur un niveau de réserves financières à fin 2015 dont les estimations sont désormais dépassées. C’est ce que devrait révéler le prochain rapport de la Banque d’Algérie.

Hassan Haddouche