Autant vous prévenir  tout de suite, ils seront de plus en plus nombreux ceux qui, dans les mois et les années à venir, vont s’intéresser à votre argent. Rien qu’entre les mois de mars et avril prochain. Ils sont déjà deux  à solliciter l’épargne des Algériens. Une entreprise privée  très dynamique du secteur de la pharmacie et un Etat algérien de plus en plus impécunieux. A votre avis, quel est le meilleur placement ?

L’Etat a dépensé ses économies

Quand on place ses  économies , il vaut mieux savoir à qui on a affaire. Commençons par l’Etat algérien, pas le pays qui s’appelle l’Algérie , mais l’agent économique qui emploie près de trois millions de fonctionnaires entre permanents et vacataires et qui est aussi propriétaire d’une multitude d’entreprises publiques pour la plupart déficitaires. A propos justement de la santé financière de l’Etat, on a eu droit cette semaine à des précisions impromptues d’une délégation du FMI qui a livré un chiffre qui est passé comme une lettre à la poste. En 2015, le déficit du budget de l’Etat a été beaucoup plus important que prévu voici encore quelques mois et a atteint 16%  du PIB. Formulé de cette façon, ça ne vous dit peut être pas grand-chose. Mais cela signifie que, pour boucler son budget l’année dernière, l’Etat a eu besoin de puiser l’équivalent de près de 30 milliards de dollars dans les économies réalisées depuis une quinzaine d’années grâce à l’envolée des prix pétroliers. Après cette ponction massive, que reste-t-il maintenant des réserves accumulées dans le fonds de régulation des recettes ? On ne le sait pas encore. C’est la Banque d’Algérie qui devrait nous le dire dans quelques jours. Elle attend justement, pour boucler son rapport de conjoncture sur l’année 2015 et nous renseigner sur l’état de nos  réserves financières, les informations que doit lui transmettre le Trésor public et qui se font attendre…

Il a besoin de votre  argent  dès  2016

Quel rapport avec le grand emprunt national qui doit être lancé en avril ? C’est simple. L’année dernière, l’Etat  disposait  de réserves financières importantes qui lui permettaient de se passer de l’épargne des Algériens. Au début de cette année, il  restait -on connaîtra bientôt le montant exact- ,encore  un peu plus de 20 milliards de dollars dans le FRR. On n’est pas sûr du tout que cela suffise pour passer l’année 2016. Entre temps, on a en effet adopté [dans la douleur] une loi de finance pour 2016 qui, malgré quelques économies sur les dépenses, prévoit un déficit du budget de l’Etat qui pourrait  être de nouveau de l’ordre de … 30 milliards de dollars. D’ou les informations qui circulent,  depuis quelques semaines, à propos d’un assèchement précoce  du Fonds de régulation des recettes ; presque certainement au cours du troisième trimestre 2016, si les prix du pétrole ne se redressent  pas très fortement d’ici là. Il va donc manquer, dès cette année, l’équivalent de plusieurs milliards de dollars à l’Etat algérien pour financer ses dépenses. Il  va nous  demander à partir du mois d’Avril prochain de les lui prêter.Il va même faire les choses en grand puisque, on le sait maintenant depuis les  déclarations du ministre des Finances de mardi dernier, l’Etat algérien s’achemine vers une grande opération ouverte durant 6 mois pour récupérer «autant d’argent que possible», selon les termes utilisés par M. Benkhalfa lui-même.

L’endettement de l’Etat : une fuite en avant 

 Si les espoirs des argentiers algériens se réalisent et que le grand emprunt national [qui n’a plus rien d’obligataire mais ressemble de plus en plus à une «grande lessiveuse»] collecte les fonds espérés, ils pourront donc compter sur l’équivalent en dinars de plusieurs  milliards de dollars et boucler sans trop de dommages l’année 2016. Et après ? Sans aucune réserves à partir de l’année prochaine, les années qui viennent s’annoncent en effet sous des auspices redoutables pour les finances publiques. Un expert algérien réputé nous confie que, dans le cas très probable ou les prix du pétrole restent, au cours des prochaines années, dans une fourchette comprise entre 50 et 60 dollars, ce qui constitue déjà une hypothèse optimiste, l’Etat  aura besoin d’emprunter, chaque année, entre 20 et 25 milliards de dollars sur le marché financier. Il prévoit que la dette de l’Etat, actuellement encore très faible, pourrait grimper très rapidement  à plus de 100 milliards de dollars d’ici 2020. Des montants faramineux que l’Etat ne pourra pas trouver dans la poche des épargnants algériens ni même dans les fonds de l’informel. Il faudra donc qu’il aille les chercher  dans les ressources des banques publiques, qui n’auront pas le choix, et  dont il risque ainsi de «siphonner les ressources» en évinçant les investisseurs privés et publics.

L’endettement de l’Etat, dès lors qu’il risque de prendre des proportions aussi massives,  est donc clairement une impasse économique. La seule option viable au cours des prochaines années est celle d’une réduction progressive mais très sensible des dépenses de l’Etat qui permettra d’éliminer les déficits colossaux auxquels a conduit la véritable fièvre dépensière des dernières années. Bien sûr, cela demandera  plus de courage [on en a eu un aperçu à l’occasion des débats sur la loi de finance 2016] que de faire  gonfler la dette qui est apparemment et pendant quelques années un remède indolore.

Biopharm à la Bourse : un bon risque. 

 Fort heureusement, il n’y a pas en ce moment que l’Etat qui s’intéresse au marché financier et à nos économies. Biopharm est une entreprise privée algérienne, bien gérée, leader dans son secteur dont elle représente plus de 13 % du chiffre d’affaire, qui exporte déjà sur les marchés étrangers et qui fait des bénéfices confortables. Elle entre à la Bourse d’Alger au cours de ce mois de mars. L’objectif des propriétaires de l’entreprise pharmaceutique est  de «s’adresser à un actionnariat populaire». Une démarche illustrée par le fait que le seuil d’accès au capital de l’entreprise a été fixé à l’achat de cinq actions soit un investissement de 6000 dinars. L’entreprise  organise actuellement  des «roads-shows» à travers le pays dans le but  de séduire les petits porteurs. Elle compte céder 20 % de son capital et collecter environ 6 milliards de dinars.   Les nouveaux actionnaires feront une bonne affaire en entrant dans le capital de l’entreprise dirigée par la famille Kerrar. C’est en tous cas ce qu’assure beaucoup d’experts financiers nationaux  qui estiment que «les évaluations minimum de l’action Biopharm sont proches de 1400 dinars et que les résultats financiers de l’entreprise en 2015, permettent même de la valoriser à plus  1700  dinars alors que l’action est cédée au très bon prix de 1225 dinars». C’est le moment de casser sa tirelire et surtout de ne pas prêter son argent à n’importe qui…

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