Les nouveaux codes, pénal et celui des procédures pénales, sont entrés en vigueur depuis quelque temps. Une «avancée» sans être un grand progrès d’après les juristes, avocats et autres spécialistes en droit. Ces nouvelles mesures «visent» à améliorer les conditions de traitement des prévenus et consolider les droits de l’Homme. La réalité est loin de satisfaire le minimum de la dignité humaine. Récit de 48 heures de garde à vue au cœur des geôles du fameux commissariat du Cavaignac, à Alger-Centre.

 Trois cellules mais seulement deux utilisées. Six matelas en éponge alignés dans moins de 10 m². Neuf personnes par cage. Voilà comment les gardés à vue sont entassés dans les locaux réservés à cet effet dans le commissariat le plus mythique de la capitale.

Le weekend du 11 et 12 mars, pas moins de 17 interpellés pour divers infractions et délits. La salubrité des lieux est loin du minimum exigé: saleté, mauvaises odeurs, manque d’aération, étroitesse… L’état des matelas rongés témoignent des interminables passages des différents prévenus passés par ces cellules connues pendant la décennie noire d’être un endroit où était pratiquée la torture.

Pourtant dans l’article 52, alinéa 3, du code de procédure pénale, il est écrit clairement que «la garde à vue a lieu dans des locaux appropriés à la dignité humaines et destinés à cet effet». En effet, un «nouveau système de chambres de garde à vue pour personnes interpellées», inauguré en décembre dernier par le patron de la DGSN au niveau du siège de la sûreté de wilaya d’Alger (commissariat central), à seulement cinq minutes de marche du Cavaignac.

Cafards, mauvaises odeurs corporels, crachats, «chemma» (tabac à chiquer), cigarettes… Pendant un peu plus de 48 heures. Entré à 5 heures du matin le vendredi, notre mise en état d’arrestation s’est terminée le dimanche suivant à 8 heures du matin, soit 3 heures de plus que prévu dans la loi. Mais la liberté effective ne vient que l’après-midi après une longue attente, dans une autre cage, au tribunal devant le procureur de la République.

Encombrement dans les geôles

Le manque d’hygiène dans les locaux du commissariat de la rue Asselah Hocine est dû en partie au transfert des interpellés de plusieurs postes de police qui se trouvent dans le cœur de la capitale. Ces transferts génèrent un encombrement à l’intérieur des geôles. Le couloir qui regroupe les cellules est équipé d’un seul ventilateur bruyant : «de la torture morale. Impossible de dormir», se plaint Hichem*, un «habitué» des gardes à vue qui partage l’une des deux cellules de 9 m² avec 8 autres personnes. La troisième cellule, celle du fond, moins grande que les deux autres, sert tout simplement de dortoir pour le geôlier de service. «Entre lui et nous, il n’y a pas de grande différence» ironise, Omar* un autre détenu, interpellé pour consommation de cannabis. «Il est là pour veiller à ce qu’on manque de rien. Il doit s’emmerder plus que nous à force de nous ouvrir la porte quand on a besoin d’aller aux toilettes», poursuit-t-il.

Le droit de «communiquer avec un membre de la famille» introduit récemment, semble être ignoré par la police judiciaire. A aucun moment, les gardés à vue n’ont pu jouir de ce «droit». «J’ai demandé à ce que j’appelle ma famille, ils m’ont dit d’utiliser mon téléphone alors que je n’ai plus de batterie», raconte Toufik*, arrêté pour possession de drogue. «Moi j’avais plus de crédit du coup je n’ai prévenu aucun membre de ma famille… Ma femme doit être inquiète en ce moment», grogne Samir*, «tombé» pour des stupéfiants aussi. Sur les 17 gardés à vue de ce weekend-là, seulement trois ont pu prévenir un membre de leurs familles.

Quant à la visite médicale exigée par la loi, elle est censée être effectuée à la fin de la garde à vue avant de se diriger au tribunal, mais en réalité le prévenu passe chez le médecin sept heures avant que sa détention se termine.

Si le président de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’Homme (CNCPPDH), Me Farouk Ksentini, a affirmé cette semaine que le nombre de la population carcérale baissera de 30 à 40% grâce aux nouveaux amendements, ce n’est pas le cas pour les gardes à vue, parfois abusives, et du ressort de l’officier de la police judiciaire qui « rafle » tout suspect même avec des garanties de présentation devant le procureur de la République.

Farid Mellouk

* Les prénoms ont été changés