En sus de la diffusion d’un rapport détaillé, l’association ADDRA, Algériens Des Deux Rives et leurs Amis, a dressé, hier, lors d’une conférence de presse tenue au siège de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), un état des lieux peu reluisant quant à la situation, jugée très précaire, de la situation des étudiants algériens en France. Livrés à eux- mêmes, ces derniers mènent une vie de misère.

La situation des étudiants algériens en France est en effet très alarmante, si on se fie aux termes du rapport élaboré par ADDRA.  Placée au troisième rang du point de vue de la masse estudiantine étrangère en France, avec 26 000 étudiants, la communauté universitaire algérienne fait face à des conditions de précarité très marquées, «pouvant parfois les conduire vers l’irréparable», lit-on dans ce rapport.

ADDRA indique qu’elle est devenue depuis quelque temps le destinataire de la détresse de ces étudiants: «Depuis quelques mois, nous ne cessons de recevoir des messages (courriers électroniques, SMS) de détresse de la part de quelques étudiants exprimant des doléances que nous ne pouvons satisfaire», explique l’association dans le préambule dudit document.

Les étudiants algériens sont ainsi, « confrontés à une triple précarité: administrative, sociale et pédagogique, les poussant, dans les cas les plus extrêmes, à commettre l’irréparable», à savoir le suicide.

Le parcours du combattant prend naissance non pas sur le territoire de l’hexagone, mais en Algérie. Le rapport nous explique que les 17 000 à 25 000 demandeurs algériens, font face à d’innombrables difficultés. En effet il n’y a que cinq centres de traitement (Alger, Annaba, Constantine, Oran, Tlemcen), ce qui fait que l’étude des dossiers se fait très lentement. L’ADDRA explique également que la souscription à de tels programmes génèrent des frais qui sont parfois inaccessibles à certaines bourses, 8 000 DA pour le test de langue française et 8 000 autres pour les frais de dossier.

L’écueil consulaire

Les problèmes ne s’arrêtent pas là. Après les contraintes liées à la prise de contact avec les universités françaises, l’étudiant algérien doit faire face aux services consulaires français. Comme dans toute demande de visa, des refus peuvent être formulés par les services consulaires. Mais le problème crucial auquel font face les étudiants algériens est «le refus non accompagné de motif». Le postulant se retrouve alors dans un flou total, ne sachant quoi ajouter ou ajuster dans son dossier. Ces derniers se dissuadent à introduire des recours après tant de labeur.

L’acte deux de ce parcours du combattant se poursuit en France. Arrivés sur le territoire de l’hexagone, les étudiants algériens sont en terre inconnue. Aucun accompagnement ne leur est fourni. Le rapport indique que 57,1% des étudiants interrogés ont révélé qu’ils ont eu des difficultés avec leurs démarches administratives. Parmi les soucis majeurs auxquels font face ces étudiants: l’hébergement. Le rapport explique que plusieurs d’entre eux sont réduits à dormir dans les transports publics, dans des centres d’hébergement d’urgence et parfois dehors !

Les statistiques recueillies parlent d’elles même : ne bénéficient des prestations étatiques que 13% des étudiants algériens, alors que 46,2% sont locataires, 2,9% sont pris en charge par des membres de leur famille et 17,6% ont été classifiés sous la mention «autre». Dans 44,4% des cas les étudiants algériens partis en France poursuivre de hautes études, ont fini par dormir dehors.

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Les étudiants algériens doivent également faire face à une forte discrimination de la part de l’administration française. Ne bénéficiant pas des dispositions du projet de loi relatif aux droits des étrangers (adopté le 26 janvier dernier), garantissant un titre de séjour pluriannuel généralisé, les étudiants algériens se trouvent contraints de faire, chaque année, plusieurs allers-retours à la préfecture pour renouveler leurs titres de séjours. Arrivant en France, avec un visa d’une durée de trois mois, les étudiants algériens doivent faire une demande de carte de séjour dans les deux mois suivant leurs dates d’entrée en France, pendant que leurs camarades d’autres nationalités ont des visas d’une année.

Le travail en question

En plus de faire l’objet aux incohérences et à la discrimination de l’administration française concernant l’accès à l’hébergement, les étudiants algériens doivent également formuler des demandes d’autorisations de travail contrairement à ce qui est appliqué pour les étudiants d’autres nationalités. «La législation française sur le travail autorise les étudiants étrangers, à exercer une activité rémunérée de 964 heures soit 60 % de la durée annuelle du temps de travail et l’accès à cette activité est rendu possible par l’inscription sur la carte de séjour de la simple mention (étudiant). À l’exception de l’étudiant algérien qui, lui ,doit non seulement travailler 822 heures, soit moins de 50 % par an, mais il également est soumis à l’obligation de demander au préalable une autorisation auprès de la direction départementale du travail DIRRECTE. Cette démarche supplémentaire rallonge le délai entre l’obtention du poste et le démarrage de l’activité, selon de nombreux témoignages, délai allant jusqu’à 15 jours, ce qui dissuade les entreprises de recruter des étudiants algériens», indique le rapport.

Même après obtention du diplôme, l’étudiant algérien est discriminé. Les textes de loi indiquent qu’ à l’exception des Algériens, tous les autres étudiants ont la possibilité de faire leur première expérience de travail en France leur ouvrant droit à six mois de prolongement de leur titre de séjour renouvelable une fois. Cet état de fait contraint les ressortissants algériens concernés à chercher du travail avant même l’obtention de leur diplôme, mission impossible semble vouloir expliquer le rapport, car l’employeur doit fournir des justifiants attestant de l’inexistence de candidats de nationalité française.

Les étudiants algériens déplorent également l’absence totale de soutien de la part des autorités de leurs pays, 97,1% d’entre eux disent qu’ils ont totalement été délaissés par leurs services consulaires.

Massi Mansour