Le ministre des Finances l’a dit haut et fort : les Algériens doivent comprendre qu’il est temps de payer leurs impôts. « Il ne faut pas que des Algériens et des Algériennes restent en dehors de la citoyenneté fiscale », a-t-il dit lors d’un séminaire organisé par la Direction générale des impôts (DGI). Abderrahmane Benkhalfa appelle même les Algériens à plus de « civisme fiscal », au moment où le pays « a besoin de ressources » supplémentaires sur fond de chute des revenus pétroliers. 

L’intention est noble. La cause est légitime. Mais la façon de faire est tout de même étonnante : le gouvernement demande aux Algériens de faire preuve de « civisme fiscal », alors que ses membres poursuivent leur train de vie princier, totalement injustifié, et ce, au moment où le pays travers une crise financière aiguë. Oui, les citoyens doivent payer des impôts. Toutefois, ils les paient dans un pays où les dirigeants sont exemplaires, transparents dans leur gestion des affaires publiques et droits dans leurs décisions pour l’avenir du pays. Oui, les Algériens doivent mettre la main à la poche pour secourir leur pays. Néanmoins, les hauts responsables doivent également renoncer à leurs privilèges qui coûtent cher, très cher au trésor public.

Il n’est absolument pas normal que « sur les 48 wilayas, il y en ait 36 qui ne contribuent qu’avec 1% au total des recettes fiscales ». Il est inacceptable que des entreprises ne paient toujours pas leurs impôts sur le bénéfice des sociétés (IBS). Il n’est pas admissoble que les créances du fisc envers ses contribuables demeurent à quelques 2.000 milliards DA (près de 20 milliards de dollars). Une somme astronomique à même d’aider le pays à relancer son économie et se doter de nouvelles infrastructures.

Ceci dit, si les Algériens ne s’acquittent pas de leur devoir fiscal, c’est parce qu’ils savent leurs dirigeants opaques, déloyaux et malhonnêtes. Ces 20 milliards de dollars qui manquent cruellement aux caisses de l’Etat ne sont qu’une partie infime des 155 milliards de dollars du Plan complémentaire de soutien à la croissance (PCSC) pour la période 2005-2009. Les Algériens paieront leurs impôts sans rechigner le jour où ils seront rassurés quant à la gestion « rationnelle » de cette impressionnante manne financière. Les Algériens paieront leurs impôts le jour où les dirigeants présenteront des bilans détaillés et chiffrés quant aux réalisations de ce plan. Et qu’en est-il du plan quinquennal 2010-2014 qui  a comporté pas moins de 286 mds USD dont 130 mds pour terminer les travaux du plan précédent ? De tous ces milliards qui ont été dépensés sans aucun contrôle citoyen, le ministre des Finances ne nous en parle jamais. En tout et pour tout, nos autorités ont dépensé une manne financière de près de 500 milliards de dollars en 15 ans. Pour quel résultat ? Au plus haut de la pyramide, personne ne veut rendre le moindre compte ni répondre à la moindre interrogation.

Le « civisme » ne s’applique pas à ces dirigeants cachottiers et démissionnaires. En Algérie, il n’y a que les citoyens qui sont appelés à accomplir leur devoir. Les Algériens lambda ne demandent pas mieux. Ils paieront leurs impôts pour sauver leur pays, mais à condition de voir leurs dirigeants quitter leurs luxueuses villas du Club des Pins où ils vivent avec les deniers publics. Ils paieront leurs impôts le jour où le vice-président du Parlement, Tliba  Baha Eddine, ne se déplacera pas dans Paris  pour ses affaires privées à bord d’une voiture officielle de notre ambassade. Les Algériens paieront leurs impôts le jour où nos ministres, généraux et hauts responsables cesseront d’aller se soigner dans les hôpitaux les plus prestigieux de France ou de Suisse pour le moindre bobo.

Ils paieront leurs impôts le jour où Abdelaziz Bouteflika, leur président, ordonnera au FLN de ne pas payer des voyous pour remplir une grande salle comme la Coupole du stade du juillet à l’occasion d’un meeting politique. Ils paieront leurs impôts le jour où Ckakib Khelil, leur ancien ministre de l’Energie, cité dans le scandale de Sonatrach, s’expliquera publiquement sur ces affaires de corruption et donnera les justificatifs prouvant que sa fortune ne souffre d’aucune suspicion. Ils paieront leurs impôts lorsque les gestionnaires des institutions publiques cesseront de commander des voitures de luxe et de distribuer des emplois fictifs à leurs fils, cousins, maîtresses et amis. Le jour où l’honnêteté, la droiture se pratiqueront au plus haut niveau de l’Etat. Ce jour-là, les Algériens placeront plus que 20 milliards de dollars dans les caisses du Trésor Public. Il suffit juste que ces vertus voient le jour. Loin des arcanes du sérail.