Le théoricien du complot en Algérie s’appelle Ahmed Ouyahia. L’actuel chef de cabinet de la Présidence de la République vient de détrôner la tonitruante Louisa Hanoune qui voyait les brumes du complot envelopper chaque mouvement d’émancipation social, sociétal ou politique en Algérie. Ahmed Ouyahia va même jusqu’à pointer du doigt les acteurs du complot fomenté contre la « stabilité » tant jalousée de notre pays. 

Le chef du RND est sans ambages : « Un groupuscule local aide Bernard-Henri Lévy à détruire l’Algérie », a-t-il affirmé dans le discours prononcé à l’ouverture des travaux du congrès extraordinaire du RND. BHL et un simple groupuscule menacent donc de détruire l’Algérie. Le discours est bien huilé et le scénario savamment orchestré.  Ce n’est donc ni la crise financière ni l’absence d’un Président fort qui risquent de nuire à l’Algérie. Il faut uniquement se méfier de BHL et du groupuscule local qui lui est inféodé. Cependant, ce même Ahmed Ouyahia, un dinosaure, un fossile, de la scène politique algérienne, a la mémoire courte, très courte. Le BHL tant diabolisé et honni aujourd’hui était accueilli comme un sauveur à Alger en 1998, année durant laquelle monsieur Ahmed Ouyahia occupait la fonction de Chef du Gouvernement…

Cette année-là, le sioniste Bernard Henri-Levy, que les dirigeants algériens vilipendent tant de nos jours, était venu à Alger en compagnie de son ami le défunt philosophe André Glucksmann. De ce voyage organisé par les cerveaux de l’ombre du régime algérien, le maudit et détesté BHL avait publié dans les colonnes du quotidien français « Le Monde » deux récits traitant de la décennie noire et pointant de la plume la barbarie des terroristes islamistes et leur responsabilité dans les grands massacres. Des tribunes qui avaient à l’époque défendu ardemment les décideurs militaires algériens et les principales têtes pensantes du régime et ce, à un moment où ils étaient accusés de crimes contre l’humanité par la presse internationale sous le titre générique du « Qui tue qui ? ».

A cette époque-là, ni Ahmed Ouyahia ni aucun autre haut responsable algérien n’avaient vu d’inconvénients au voyage du sioniste BHL à Alger. Personne ne l’avait accusé de vouloir « détruire l’Algérie ». Bien au contraire! Nos dirigeants le considéraient dans cette conjoncture d’isolement international comme un sauveur. Il faut dire qu’à l’époque, il était chargé par des chapelles politiques, tant algériennes que françaises, de mener une vaste opération de séduction des intellectuels français pour mettre un terme à la néfaste campagne du « Qui tue qui ? ».

Le diabolique BHL fut flanqué d’une armada d’agents de sécurité. A cette époque-là, nécessité faisant loi, Ahmed Ouyahia n’a rien trouvé à redire. Et notre intellectuel « sioniste » renvoyait bien l’ascenseur à ses hôtes algériens. « Arrêter le massacre et les massacreurs : c’est la seule question qui vaille; le reste est bavardage, irresponsabilité, insulte aux victimes », écrivait BHL dans la presse française pour laver plus blanc que blanc nos généraux. « Les gens du GIA revendiquent leur barbarie. Quand ils ne la revendiquent pas, ce sont les survivants des massacres qui les reconnaissent et les désignent. Pourquoi (…) ne pas se contenter de ces témoignages ? », disait-il encore pour réhabiliter l’image écornée du régime algérien. Le même « sioniste » avait donc rendu d’immenses services au système que sert généreusement et depuis de longues années Ahmed Ouyahia. C’est BHL qui avait demandé à la presse internationale et aux diplomates occidentaux de soutenir les généraux algériens « dans le combat contre les Khmers verts ». 

Huit ans plus tard, par la grâce des inconséquences que seules les dictateurs peuvent produire, le même BHL est devenu un ennemi, un conspirateur impénitent. Huit ans plus tard, nos dirigeants crient au complot que mène le perfide BHL, ce même monsieur choyé et traité avec tous les honneurs en 1998 à Alger. Les dictateurs n’éprouvent aucune honte devant leur incohérence, devant leurs contradictions. Au contraire, ils se nourrissent de leur hypocrisie pour se maintenir.

Ahmed Ouyahia doit cesser d’insulter l’intelligence des Algériens car le seul « groupuscule local » qui menace de détruire l’Algérie, c’est bel et bien celui auquel il appartient, à savoir cette nomenklatura rétive au changement démocratique et aux réformes économiques. Le seul « groupuscule local » qui peut détruire l’Algérie, c’est cette bande d’incompétents et de corrompus qui entrave la modernisation de notre pays.