Juin 2014-Juin 2016. Deux ans après le déclenchement de la crise des marchés pétroliers, la chute du dinar va-t-elle encore se poursuivre. Cette semaine le dinar a touché son plus bas niveau historique  à 110 dinars pour un dollar.  Face à l’euro, il reste également à des niveaux proches de ses plus bas niveaux historiques, à 122 dinars au taux de change officiel. Sans parler du marché parallèle sur lequel l’euro s’est installé désormais au dessus de 180 dinars. Signal inquiétant,  en mai dernier, le FMI avait prôné pour l’Algérie  « une plus grande flexibilité du taux de change » qui « faciliterait l’ajustement au choc sur les cours du pétrole ». Pour le FMI, le dinar « reste encore nettement surévalué ».

 

Quelle est l’ampleur exacte de la dévaluation du dinar au cours des deux dernières années ? Quelles sont ses causes et ses objectifs ? Et quelle est son évolution prévisible au cours des mois à venir ? Décryptage.

Quelle ampleur pour la dévaluation ?

 

Beaucoup d’estimations, pas toujours très précises, ni très rigoureuses,  ont circulé au cours des derniers mois à propos de l’ampleur de la dévaluation du dinar depuis le début de la chute des prix pétroliers. Le professeur Nour Meddahi de la Toulouse School of  Economics a refait  récemment les calculs « Entre fin juin 2014 et fin mai 2016, le dinar a baissé par rapport au dollar américain de 28%.  La  baisse par rapport à l’euro est  par contre plus faible : 13,2% pour le dinar, alors que le prix du pétrole a baissé de 55%».

 Il s’agit d’ «  un ajustement nécessaire suite à l’effondrement du prix du pétrole. La Banque d’Algérie a fait convenablement son travail en baissant la valeur du dinar » commente l’expert algérien.

 Les causes et les objectifs de la dévaluation 

Le mécanisme mis en place par la Banque d’ Algérie, responsable de la gestion de la valeur de la monnaie nationale, provoque un ajustement automatique du taux de change du dinar lorsque  nos recettes en devises baissent. Ce mécanisme vise à  fournir  une plus grande quantité de dinars  à un  budget de l’Etat affecté par la baisse de la fiscalité pétrolière et devenu très fortement déficitaire (16% du PIB en 2015)  depuis l’année dernière.  La baisse du dinar est donc due essentiellement à la chute du prix des hydrocarbures, qui a entrainé en 2 ans  la perte  de plus de la moitié de nos revenus en devises. La dévaluation du dinar a été atténuée en sens inverse par la hausse de la valeur  du dollar sur les marchés du change international qui a partiellement compensé l’effet de la baisse des cours pétroliers sur nos recettes en devises. Cette explication ne s’applique pas à la dévaluation par rapport à l’euro, nettement plus faible, et  qui vise pour sa part à renchérir et « décourager » les importations en allant un peu au delà  de la simple compensation  du  différentiel d’inflation entre l’Algérie et les pays de la  zone euro.

Quelles perspectives pour 2016 ?

Peu d’analystes se risquent pour l’instant à des pronostics sur l’évolution de la valeur du dinar au cours des prochains mois qui dépendra essentiellement de facteurs aussi volatiles que le prix du baril de pétrole ou le cours du dollar sur les marchés de change internationaux .

Ces éléments purement « techniques »ne seront cependant sans doute  pas seuls en cause au cours de la période à venir. Le récent limogeage du Gouverneur de la Banque d’Algérie, ainsi que le remaniement ministériel qui l’a suivi , peuvent  clairement être interprétés  comme un « signal politique » et une sanction infligée au tandem Laksaci-Benkhalfa auquel il a été  reproché d’avoir utilisé de façon excessive la valeur de la monnaie nationale  comme « variable d’ajustement »au nouveau contexte pétrolier. Une invitation certainement non déguisée, pour les nouveaux responsables de la politique monétaire,  à aller chercher ailleurs que dans la dévaluation du dinar ,dans les mois qui viennent , les moyens de combler un déficit des finances publiques qui devrait rester très important en 2016 et 2017.

Dans ce domaine, le nouveau couple  Baba Ammi – Loukal  disposera  encore de marges de manœuvre qui consistent, pour l’immédiat, c’est à dire l’année en cours, dans la récupération de quelques réserves financières résiduelles et le recours à l’emprunt national.  A partir de l’année prochaine, il faudra compter, de plus en plus,  à la fois sur l’endettement extérieur et sur la création monétaire avec les dangers qu’elle comporte en matière d’accélération de l’inflation…

Hassan HADDOUCHE