Certes, c’est un simple remaniement ministériel partiel. Mais ce remaniement indique parfaitement qu’Abdelaziz Bouteflika et son entourage sont en colère, très en colère contre plusieurs membres de l’actuel gouvernement mené par Abdelmalek Sellal. 

Plusieurs sources proches de l’entourage d’Abdelaziz Bouteflika ont indiqué à Algérie-Focus qu’il n’était plus question de tolérer le très mauvais bilan des ministres limogés ce samedi 11 juin. La Présidence a fait plusieurs reproches à ces ministres sanctionnés. Amar Ghoul est accusé de ne pas avoir su insuffler la dynamique nécessaire au secteur du Tourisme qui pourrait participer à la diversification des revenus de l’Etat. Des projets touristiques mal-encadrés, des investisseurs esseulés et abandonnés à leur sort, des directions locales dans les wilayas inefficaces et incapables de répondre aux besoins des acteurs locaux du tourisme, etc.,  Amar Ghoul laisse derrière lui un tableau bien sombre.

En plus, nous apprennent nos sources, ce ministre est devenu trop encombrant pour le gouvernement. Son passé sulfureux en raison du scandale de corruption de l’autoroute est-ouest et sa proximité assumée avec le général Toufik, l’ancien patron du DRS, ont fait d’Amar Ghoul un personnage politique très controversé dont la présence au sommet de l’Etat jette un véritable discrédit sur les réformes voulues par le gouvernement. Le départ d’Amar Ghoul peut être considéré comme un véritable cataclysme car ce ministre est au pouvoir depuis 1999. Après avoir prêté allégeance au clan présidentiel lors de la campagne pour le 4e mandat d’Abdelaziz Bouteflika, Amar Ghoul a cru savoir qu’il avait réussi à sauver sa peau. Ce n’était que de la naïveté car Bouteflika voulait son départ depuis belle lurette, assurent nos sources.

L’autre ministre qui a été sévèrement sanctionné s’appelle Abderrahmane Benkhalfa. Aux yeux de la Présidence, il a échoué dans sa mission à la tête du ministère des Finances. Ni l’amnistie fiscale ni l’emprunt obligataire n’ont été bien gérés par Benkhalfa. Beaucoup de dysfonctionnements et de ratages ont caractérisé son passage à la tête du ministère des Finances, estiment nos sources. Il n’a pas réussi à fédérer autour de lui les patrons des banques pour amorcer une véritable réforme bancaire, un projet stratégique attendu depuis des années en Algérie. Pour Abdelaziz Bouteflika et son entourage, Abderrahmane Benkhalfa n’avait pas la compétence nécessaire pour s’imposer comme le premier argentier du pays.

Sid Ahmed Ferroukhi a été sanctionné aussi pour son incapacité à relever le secteur de l’Agriculture de sa léthargie. Ce secteur revêt une importance stratégique aux yeux de la Présidence qui sait pertinemment que son potentiel de croissance peut permettre au pays d’engranger des revenus en devises. Dans ce contexte, Bouteflika et ses conseillers ont décidé de confier ce portefeuille ministériel à un nouvel manager dans l’espoir de booster la production agricole nationale.

Salah Khebri quitte également le ministère de l’Energie après avoir été le ministre le plus transparent du gouvernement ! Sa communication laconique et sa personnalité effacée ont étonné tous les Algériens au moment où le pays traverse une crise très aiguë. Technocrate peu visionnaire, Salah Khebri n’a guère satisfait la Présidence. Son remplaçant  Noureddine Bouterfa, le PDG de Sonelgaz, sera chargé, selon nos sources, d’imposer aux Algériens une nouvelle politique énergétique basée sur l’augmentation des taxes et des tarifs. Une mission qui ne correspondait guère au profil de Salah Khebri.