Rendez-nous notre argent Par Abdou Semmar

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A l’heure où la rigueur s’impose au budget de l’Etat, celui-ci cherche par tous les moyens à récupérer de l’argent frais pour renflouer ses caisses. L’intention est louable. L’idée est même nécessaire pour permettre à notre pays de ne pas sombrer dans la faillite et d’éviter un scénario à la vénézuélienne. 

Ceci dit, si l’on veut que cette rigueur soit féconde, nos hauts responsables doivent faire preuve de sérieux, mais aussi et surtout, de sincérité. Pour récupérer de l’argent, il ne suffit pas de se contenter d’un emprunt obligataire où l’Etat vend des obligations dans l’espoir de récupérer des fonds. L’argent frais, utile, il faut aller le chercher dans ces biens immobiliers luxueux que l’Etat, celui-là même qui est menacé de faillite, s’est offert au cours de ces dernières années dans les villes occidentales les plus prestigieuses. L’argent issu de la vente de ces biens peut aider à combler les déficits de nos administrations. A ce titre, à Genève, l’Etat a acquis en 2009, pour plus de 27 millions d’euros, une somptueuse villa qui a uniquement servi… aux vacances d’Abdelaziz Bouteflika. 

Il s’agit d’une  « maison de maître » située à Pregny-Chambésy, une commune bourgeoise du canton de Genève. Cette villa, plutôt ce véritable château, a coûté au Trésor Public, la bagatelle de 30 millions de francs, soit plus de 27 millions d’euros. Qu’a rapporté cette acquisition onéreuse comme valeur ajoutée à l’Etat ? Rien. Que dalle! Ce château suisse n’a contribué ni au rayonnement diplomatique de l’Algérie ni à son développement économique. Seul notre « glorieux » et « bien-aimé » président de la République, sa majesté Abdelaziz Bouteflika, a joui des attraits de cette belle demeure et de ses 35 000 mètres carrés. Malheureusement, depuis 2009, le président est très malade et n’a jamais plus profité du terrain de tennis de cette maison, pardon, de sa maison puisqu’il était le seul Algérien à y êtret logé. Le très élégant jardin français et l’imprenable vue sur le lac Léman n’ont pas été d’un grande secours à la santé de notre Chef de l’Etat. Pourtant, l’endroit idyllique fait rêver de nombreux milliardaires issus de toutes les régions du monde. Vous l’aurez compris, ce château suisse est une lubie insensée. Un véritable « Club des Pins-bis » dont l’Algérie aurait pu s’en passer. Mais qui connait le sens des priorités au sommet de notre Etat ? Qui peut comprendre que ces millions d’euros auraient pu servir à financer des prises de participation dans des entreprises suisses prospères ? Ces mêmes entreprises qui auraient pu, par la suite, transférer des technologies à notre pays lequel en a cruellement besoin pour se remettre sur les rails de la modernité.
Aujourd’hui, la crise aidant, il est temps que nos dirigeants comprennent l’extrême urgence de revendre ce château pour que tout cet argent soit rendu aux caisses publiques. Il est grand temps qu’ils nous rendent notre argent, oui le nôtre puisqu’il s’agit de ces deniers publics dont nous avons besoin pour notre développement national. Les jardins français et les vues sur les lacs suisses ne nourriront pas les Algériens, ne leur trouveront pas du travail. Mais près de 30 millions d’euros dans les caisses d’un Etat perspicace et sérieux peuvent sortir des familles entières de la misère qui persiste dans notre pays.