Abdelmalek Sellal a de nouveau échappé à l’hécatombe qui a frappé l’équipe économique de l’ ancien exécutif. Il vient de former son cinquième gouvernement en quatre ans. La lecture la plus répandue  du dernier remaniement ministériel lui attribue une raison plutôt rassurante. Il s’agirait de remplacer des ministres réputés «incompétents». Tant mieux, si c’est le cas et si les nouveaux venus sont plus compétents que leurs prédécesseurs.

Cette interprétation dominante, mais un  peu simpliste, ne nous renseigne malheureusement pas sur les aspects les plus significatifs du dernier changement de gouvernement. La formation du gouvernement Sellal n° 5  nous dit en effet beaucoup de choses à propos du mode de gouvernance de notre pays à l’heure du quatrième mandat du Président Bouteflika.

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Bouteflika toujours aux commandes

  e premier enseignement qu’on peut en tirer est en effet d’abord celle d’une poursuite de l’implication d’un président, même diminué physiquement, dans le formation des équipes gouvernementales. Cette intervention du Chef de l’Etat a même la particularité curieuse de s’effectuer à un rythme accéléré au cours des dernières années qui coïncident pourtant avec la détérioration de son état de santé.

Cette première conclusion doit cependant être nuancée. L’intervention du président Bouteflika ne semble pas, cette fois, impliquer de réorientation majeure de la politique mise en œuvre par l’exécutif, contrairement par exemple à ce qu’on avait  pu observer lors  du  virage économique «nationaliste» de 2008 et des  importants changements législatifs qui l’ont suivi. Avec la formation de la dernière mouture du  gouvernement Sellal, on est plutôt dans le mode «sanction des mauvais ministres» qui n’ont pas appliqué avec suffisamment d’efficacité et de zèle la politique définie ou approuvée  par un Chef de l’Etat-monarque.

La gestion de la crise financière  en question

Une autre constatation s’impose avec tellement d’évidence qu’elle n’a encore été relevée par personne. Les ministres «remerciés » étaient presque tous (à une exception près) des ministres en charge d’un département économique. Des personnalités à l’action et au bilan controversés, voire en peine tourmente, comme Mme Benghabrit  ou encore son collègue de la communication, M.Hamid Grine, sortent au contraire confortés de ce remaniement. Ce dernier a donc un rapport immédiat avec la gestion de la crise économique et financière que traverse notre pays  depuis plus de 18 mois. Il se situe à cet égard  clairement dans le prolongement du limogeage récent du Gouverneur de la Banque d’Algérie.

Des éléments de continuité…

Dans cette gestion de la crise, les messages envoyés par le dernier remaniement ne sont pas forcement simples à décrypter. Le premier et le plus évident est que le Chef de l’Etat «n’est pas satisfait» de cette gestion puisqu’il a éprouvé le besoin de limoger ou de déplacer pratiquement tous les ministres économiques. En même temps, il confirme sa confiance à Abdelmalek Sellal et aux titulaires de plusieurs postes  clés de son gouvernement comme le ministre de l’Industrie, Abdesselam Bouchouareb, et celui du commerce, Bakhti Belaïb. Des choix qui semblent confirmer que ce n’est pas l’orientation générale de la politique économique définie au cours des  dernières années qui est en cause, mais plutôt les personnes chargées de sa mise en oeuvre. Les éléments de continuité de cette politique sont également repérables dans la confirmation, toute fraîche, par la Tripartite des orientations définies par le «nouveau modèle économique»parrainé par Abdelmalek  Sellal qui se trouve, désormais, «endossé» officiellement par les partenaires sociaux.

…et de nouvelles lignes rouges

 Si les éléments qui plaident en faveur de la continuité de la politique économique sont  les plus importants , on peut cependant identifier quelques facteurs de rupture qui  peuvent être résumées par de nouvelles « lignes rouges» imposées à l’action de l’Exécutif dans le champ de l’économie. Le message économique le plus important envoyé par le président Boutéflika au cours des dernières semaines semble concerner clairement la valeur de la monnaie nationale. Le taux de change du dinar  a été géré comme la principale «variable d’ajustement» par le tandem Laksaci-Benkhalfa. Une démarche qui a apparemment été jugée insupportable par un président très attaché à des symboles aussi traditionnels de la stabilité économique que l’absence d’endettement extérieur, l’importance des réserves financières ou la valeur de la monnaie nationale. Le message est clair, les successeurs du couple Benkhalfa –Laksaci devront aller chercher ailleurs que dans la dévaluation du dinar les solutions à la crise financière. Dans ce domaine, ils disposent encore de quelques marges de manœuvre qui consistent, pour l’immédiat, c’est  à dire l’année en cours, dans la récupération de quelques réserves financières résiduelles et le recours à l’emprunt. A partir de l’année prochaine, il faudra compter, de plus en plus,  soit sur la réduction des dépenses de l’Etat, soit sur la création monétaire avec les dangers qu’elle comporte en matière d’accélération de l’inflation…

Attention aux réserves de change

Pour les mêmes raisons, les nouveaux grands argentiers algériens devront aussi éviter de solliciter trop largement les réserves de devises. Pas facile avec un déficit de la balance des paiement prévu aux environs de 30 milliards de dollars cette année. Logiquement, une  telle orientation  devrait plaider plutôt en faveur d’une forte réduction des importations. Elle a d’ailleurs déjà commencé depuis l’année dernière et a été  poursuivie, depuis le début de cette année, avec  beaucoup de zèle par l’actuel ministre du Commerce qui n’a pas hésité a tranché dans le vif en divisant notamment, par quatre les importations de véhicules. C’est sans doute ce qui lui a valu de sauver son poste.

Energie: il n’y a pas que le prix du baril qui baisse

On s’est enfin sans doute égaré à propos du remplacement du ministre de l’Energie en évoquant sa personnalité et sa communication un peu «transparente». La réalité à la fois  beaucoup plus simple et beaucoup plus compliquée. Ce qui est demandé aujourd’hui  à un ministre de l’énergie par les autorités algériennes, c’est de relancer la production d’hydrocarbures dans notre pays. Au cours des dernières années, il n’y a en effet pas que les prix du baril qui baissent. C’est malheureusement aussi le cas, ainsi que le signale la plupart des experts, de la production nationale qui a été  réduite de près d’un quart depuis l’année 2007. Le ministre avait déjà été prévenu par un Conseil de l’énergie présidé par le Chef de l’Etat  en février dernier. Il réclamait «le respect des plannings d’amélioration des capacités de production des gisements en cours d’exploitation» ainsi que «la dynamisation du programme de développement des énergies renouvelables». C’est M. Bouterfa qui devra s’en charger désormais. On lui souhaite bonne chance et peut être aussi une augmentation du prix du baril qui ferait du bien à tout le monde.