Demain, mercredi 6 juillet, les dirigeants algériens fêteront l’Aïd El-Fitr. Comme tout le reste des Algériens. Enfin, presque. Les familles des trois détenus de l’affaire KBC, Mehdi Benaïssa, Ryad Hartouf  et Nora Nedjaï, ne pourront pas embrasser leurs proches, les prendre dans leurs bras et partager avec eux ce moment de communion. 

Si à Club des Pins, nos dirigeants et leurs familles savoureront les succulents gâteaux de l’Aïd en compagnie de leurs enfants, épouses et familles, les trois détenus de l’affaire KBC demeureront enfermés dans une cellule. Ils raseront les quatre murs de leur geole où seuls quelques rayons de lumières tenteront d’égayer leur sinistre réalité. Mehdi Benaissa, Ryad Hartouf et Nora Nedjaï ne verront pas leurs enfants se réveiller le matin de l’Aïd pour les enlacer. Ils ne verront pas leurs familles unies dans la fraternité et l’amour. Ils ne verront pas leurs voisins défiler les uns après les autres à leur porte pour leur témoigner affection, respect et amitié.

Non, les trois détenus de l’affaire KBC ne verront rien de cela. Ils ne connaîtront aucun Aïd puisqu’ils sont enfermés en prison sans même avoir bénéficié d’un procès équitable. Ils ont été placés en détention pour de simples actes de gestion. Ils sont accusés d’avoir abusé de leurs pouvoirs pour une simple histoire d’autorisation administrative. Des prétextes fallacieux instrumentalisés par une justice aux ordres qui ne connait ni piété ni pitié. Ces trois détenus sont traités comme de vulgaires criminels pour avoir uniquement osé participer à la réalisation de deux émissions politiques libres et engagées. Ces artistes patriotes n’auront donc pas le droit à l’Aïd. Ils ne seront pas relâchés. Accablés et méprisés, ils resteront derrière les barreaux.

Et pendant ce temps, les dirigeants qui nous chantent leur amour pour la patrie, leur volonté de développer le pays, restent les bras croisés face à cet arbitraire. Ils se réjouissent en silence du sort de ces infortunés considérés comme « opposants », comme des impertinents ayant osé défier le système. Ces dirigeants qui « bombardent » nuit et jour notre justice de louanges n’auront aucune pensé pour ces trois détenus. Dans les dédales du Club des Pins, nos hauts responsables se délecteront de cette journée ensoleillée qui marquera la fin du jeûne. A la prison d’EL-Harrach, l’heure sera à la frustration.

L’Aïd à Club des Pins n’a aucune relation avec celui de la prison d’El-Harrach. Un mur d’injustice et d’arbitraire sépare ces deux mondes. Mehdi, Riyad et Nora n’ont pas volé. Ils n’ont assassiné personne. Ils n’ont détourné aucun denier public. Ils n’ont touché aucune tchipa. Ils ont juste exercé leur métier, accompli leur travail avec la conviction de servir leur pays. Ces valeurs sont étrangères au Club des Pins. La-bas on ne comprend pas cet engagement, ce patriotisme, cet amour pour la liberté. La-bas, on se presse de mettre en prison ceux et celles qui osent contester les privilèges des décideurs. Evidemment, la question des détenus de l’affaire de KBC est judiciaire et non politique. Sauf qu’en Algérie, le judiciaire n’existe tout simplement pas, le politique lui faisant éternellement de l’ombre. Au Club des Pins, on connait cette vérité. A la prison d’El-Harrach, on la subit. Et l’Aïd n’y changera pas grand chose…