Un milliardaire algérien ( il y en a quelques uns ) investit dans les loisirs ( c’est son choix ) comme d’autres investissent dans le sucre, la margarine ou les boissons gazeuses. Il a choisi de créer un espace privé pour les femmes qui ont en envie de se baigner et de bronzer à l’abri des regards jaloux, haineux ou libidineux. La presse rapporte qu’il s’appelle Réda Bourayou, qu’il à ouvert à Bordj El Bahri une plage privée au nom exotique de Club Marina Palm et que chaque cliente doit débourser 1000 DA pour profiter en toute tranquillité des bienfaits du soleil et de la mer.

Rien d’anormal jusque-là tant qu’il s’agit d’un espace privé conforme en principe à un cahier de charges dûment établi et respectant scrupuleusement les règles environnementales tant du point de vue des nuisances sonores que de celui du civisme et du bon voisinage. Il y aura certainement des ballets de limousines et des silhouettes sorties des magazines de mode ou supposées telles, mais peu nous importe de savoir qui sont ces clientes ni ce qu’elles viennent y chercher en dehors des plaisirs sains et communément admis. Le statut privé de la plage autorise un certain nombre de libertés dont nous n’avons à juger ni de la pertinence ni de la valeur morale. C’est une affaire de conscience individuelle et d’appréciation de Dieu pour ceux qui y croient et qui se croient investis du rôle de diseur du bon droit divin.

Ceci étant dit, il nous est tout à fait plausible de contribuer au débat d’un genre nouveau, pour une situation nouvelle qui couvre un spectre assez large allant de l’aberration à la sidération en passant par l’exaspération devant l’importation ( encore une ?) de pratiques copiées sur le modèle émirati ou saoudien, qui n’est que l’avatar d’un modèle anglo-saxon versus mâle, connu sous le nom ce club privé et qui convient apparemment à la société britannique.  Chaque société humaine ayant ses valeurs propres et ses références particulières en harmonie avec ses traditions, il nous paraît aberrant d’aller singer des modèles qui ne conviennent ni à notre histoire, ni à notre culture ni à nos traditions.

Pourquoi faut-il que l’imitation d’un modèle donné se fasse toujours en sens unique et que les sociétés arriérées croient toujours nécessaire et suffisant d’imiter les sociétés évoluées dans ce qu’elles ont de plus discutable pour espérer leur ressembler ?

Quand accepterons-nous de nous inspirer des modèles positifs et de tirer la substantifique moelle des réalisations et des comportements les plus vertueux, comme le respect des croyances, des libertés individuelles, de la parole donnée, et du comportement démocratique ?

Est-ce qu’il vaut mieux interdire ou apprendre à respecter ? Ce n’est pas en élevant des murailles pour protéger les anatomies féminines que nous arriverons à éduquer nos enfants au respect d’autrui, particulièrement à celui de la femme. L’éducation sexuelle commence dès la première enfance grâce au travail quotidien des parents et des éducateurs et à une véritable politique volontariste de déculpabilisation vis à vis de tout ce qui tourne autour de la sexualité. C’est seulement à ce prix que nous viendrons progressivement à bout des fantasmes, des refoulements et de l’enferment qui sont à l’origine chez nous plus qu’ailleurs, des aberrations pareilles à cette histoire de plage strictement réservée aux femmes.

A ce rythme, il ne faudra pas s’étonner de l’ouverture de restaurants, de cafés, de salles de spectacles et de marchés exclusivement réservés aux femmes. Il y a quinze siècles, du temps du Prophète ( Asws), une femme dirigeait le marché principal de La Mecque et arbitrait les conflits entre commerçants. Vous avez dit : progrès ?

Aziz Benyahia