Le procès de l’affaire sur le fond du rachat d’El Khabar par Cevital a été reporté au 4 juillet prochain par le tribunal de Bir Mourad Rais. A Tizi-Ouzou, la Cour de justice a reporté jusqu’au mois de septembre prochain l’affaire dite des détenus du Port d’Alger. 

En Algérie, force est de constater que le report a été imposé à toutes les affaires délicates où les victimes ont été injustement ou arbitrairement condamnées. D’autres affaires sont restées en suspens depuis des années et n’ont toujours pas livré leurs secrets : de l’affaire El-Khalifa, en passant par celles de Saïdal, l’Institut Pasteur jusqu’à l’affaire Snatrach ou l’Autoroute Est-Ouest, le traitement trivial accordé à ces scandales par nos juges empêchent les Algériens de connaître la vérité.

Selon plusieurs sources judiciaires, les juges en ce moment ont peur, très peur. Face aux pressions qu’ils subissent dans plusieurs dossiers où les enjeux politiques sont déterminants, les juges préfèrent n’adopter aucune ligne de conduite tant qu’ils n’ont pas reçu « des instructions claires ». Oui, des instructions. « Les juges ne prennent aucune initiative quand ils n’ont pas une instruction orientée vers une partie précise. Dans ces conditions, ils préfèrent reporter une affaire pour n’assumer aucune responsabilité », certifie un magistrat sous le couvert de l’anonymat. Des juges placés sous les ordres des décideurs politiques, tel est le mal qui ronge la justice algérienne, reconnaissent de nombreux acteurs de ce secteur.

Les juges ne se battent plus pour leur indépendance. Pour conserver leurs postes, salaires et privilèges, ils courbent l’échine et avantagent les lectures politiques dans leurs procès au lieu de faire respecter le droit. Le procès de l’affaire KBC où trois détenus sont placés en détention préventive pour de simples faits et actes de gestion illustre parfaitement cette tendance générale qui caractérise le fonctionnement de la justice algérienne.

Face à cette inquiétante démission ou compromission des juges, la rue en Algérie commence à bouillonner et les familles des victimes accablées par la partialité des tribunaux commencent à réfléchir à la protestation dans les rues après avoir épuisé tous les recours réglementaires. Une situation qui inquiète les autorités puisque le ministre de la Justice, Tayeb Louh en personne, a appelé récemment au calme. « J’appelle tout le monde au calme et à laisser la justice faire son travail. Celui qui se sent victime d’une décision de justice, n’a qu’à suivre les procédures judiciaires normales », a-t-il déclaré à la presse. Un appel qui ne risque pas de convaincre les Algériens car ces derniers attendent depuis des années la fin de la hogra et le diktat des puissants.

Notez cet article