A propos des chiites. Comme il fallait s’y attendre, la question s’invite chez nous alors que nous n’y sommes pas préparés. A part les spécialistes, peu de gens connaissaient l’histoire du chiisme en Islam avant l’arrivée de l’Imam Khomeiny et l’avènement de la République islamique d’Iran en 1979.

Dire que les chiites sont des dissidents de l’islam qui se sont détachés de la Oumma pour une question de succession à la suite du décès du Prophète (Asws) en 632 ne suffit pas à expliquer le fossé de plus en plus grand qui sépare les deux grandes familles de l’Islam depuis les dernières décennies. Certes, pour avoir contesté les premiers califes et voulu imposer Ali, ils se sont retrouvés en position de minoritaires (10% de la population musulmane dans le monde), mais ils n’en sont pas moins des musulmans, même s’ils ont, tout comme les Sunnites, leurs extrémistes et leurs excités. Les chiites dans leur grande majorité ne sont pas des hérétiques. Ce sont des musulmans qui partagent ave les Sunnites le même Dieu et le même Prophète. Ce qui les unit est plus  important que ce qui les sépare ; à l’image un peu de ce qui sépare les Catholiques des Protestants chez les Chrétiens. Et ma foi, rien ne nous oblige à avoir nous aussi, notre «  Saint- Barthélémy » pour ramener la sérénité dans nos rangs.

Il y a chez les Chiites une branche très dangereuse, qui va jusqu’à déifier Ali et qui n’a de cesse de prendre sa revanche en cherchant à en découdre avec les Sunnites. L’actualité (mais est-ce un hasard ?) a voulu que l’Occident se serve de la donne géopolitique relative au leadership régional que se disputent l’Iran et l’Arabie Saoudite, pour déplacer le curseur politique vers le domaine religieux. Le meilleur moyen de détourner le regard du conflit israélo-palestinien c’est de mobiliser la rue autour de la question religieuse. On connait la suite ; guerre Iran-Irak, guerre de Bush, éclatement de la Syrie et de l’Irak et avènement de Daech.

Et nous ? Qu’avons-nous à faire dans ce guêpier ? Pourquoi voudrait-on nous impliquer dans des conflits qui ne nous concernent pas au prétexte d’appeler notre réflexion sur un sujet d’ordre dogmatique ? Notre Ministre des Affaires religieuses et du Waqf, a bien raison de nous mettre en garde contre les agissements de groupes organisés, résolus et déterminés à semer la discorde chez nous. Mais il doit aussi utiliser son autorité morale pour faire combler le vide pédagogique qui fait des ravages chez nous. Nous devons enseigner l’histoire de l’Islam sans laisser de zones d’ombres. Nous devons affirmer que les Chiites ne sont pas des hérétiques, que l’Iran est une grande nation et que les Perses sont une grande civilisation qui a donné les plus grands savants de l’Islam. Mais nous devons prendre garde à ne pas confondre avec l’ensemble des chiites, une minorité très dangereuse recrutée dans leurs rangs et chargée de nous déstabiliser, tout comme  nous ne devrons pas confondre Islam et Wahhabisme. Il y a bien entendu, entre les deux grandes branches de l’Islam des différences de fond et de forme. Mais elles doivent être réglées par la négociation et ce sur ce point il y a une parfaite unanimité entre les Chiites et les Sunnites.

Reste l’épisode de la promotion « touristique » de Kerbala initiée par S.E l’Ambassadeur de la République Islamique d’Iran à Alger. Une initiative dangereuse sous une apparence loufoque et surréaliste. Son Excellence devrait savoir que nous n’avons pas le même sens du martyr. Chez nous, ce sont les meilleurs d’entre nous qui sont morts pour la liberté. Nous les célébrons  dans le recueillement. Pour le reste, que Son Excellence se rassure ! Dieu saura reconnaître les siens.

Aziz Benyahia