L’instrumentalisation politique de la religion est toujours aussi florissante en Algérie. Des imams menacent de prononcer des prêches afin de mobiliser les fidèles contre les réformes de la ministre de l’Education nationale, Nouria Benghabrit. 

Le président du Syndicat autonome des imams, cheikh Djamal Ghoul, affirme sans sourciller, dans les colonnes du quotidien El Khabar, que les imams vont mobiliser les citoyens contre ce qu’ils considèrent comme des « mesures » qui menacent l’identité religieuse et nationale des Algériens ! Pour la première fois, depuis les années 90, un représentant officiel des imams assume l’ingérence du religieux dans le politique et affirme ouvertement qu’il compte instrumentaliser les mosquées, un espace censé être à l’abri des manipulations politiques, pour faire barrage au projet de reforme du gouvernement.  Djamal Ghoul promet même de lancer un « prêche national » lors de la prière du vendredi, en prévision des protestations à venir d’ici la rentrée sociale.

Les imams reprochent à Nouria Benghabrit d’introduire la langue algérienne dans les écoles et de revenir à l’apprentissage des matières scientifiques en langue française. Un sacrilège aux yeux de ces religieux qui commettent ainsi un inquiétant dérage au vu et au su des autorités politiques qui n’ont toujours pas réagi face à cet appel à la sédition. En Algérie, durant plus d’une décennie, nous avons payé un lourd tribut en raison de l’instrumentalisation politique de la religion. Certains imams veulent jouer, une nouvelle fois, avec le feu de la fitna.