Nous sommes des Algériens et nous sommes différents du reste de la planète. Nous avons connu le colonialisme, le terrorisme et la dictature. C’est pour cette raison que nous sommes sous-développés. Nous sommes algériens et aucun autre peuple au monde ne nous ressembler. 

Ces clichés font le nid depuis de longues années de la fameuse et fumeuse théorie de l' »exception algérienne ». Une théorie façonnée par le régime et ses chapelles pour justifier l’autoritarisme et partant, la prédation. Une théorie reprise et promue par des cercles intellectuels en vue de justifier la décadence économique et socio-culturelle.

Une théorie qui a fini par anesthésier toute la société et inhibe son esprit critique. Et c’est au nom de cette théorie qu’il est formellement interdit de comparer notre pays aux autres pays développés ou émergents. C’est au nom de cette théorie que l’on tente de nous faire croire que nous sommes génétiquement ou culturellement différents des autres humains qui ont réussi à bâtir des pays prospères.

Le colonialisme revient telle une rengaine sur les lèvres des plus fatalistes de nos compatriotes pour expliquer les retards de notre pays. Et pourtant, le Vietnam, tigre émergent, a connu lui-aussi, sinon plus, les affres de l’occupation. La guerre menée contre l’envahisseur américain a fait, à elles eule, pas moins de 1,1 million de morts. En dépit de cette tragédie, semblable à celle de notre guerre d’indépendance à bien des égards, le pays de l’oncle Hô a su comment amorcer un authentique processus de développement économique pour s’imposer graduellement comme un pays émergent. Croissance économique forte et part croissante dans l’économie mondiale. Tout le contraire d’une Algérie immobile et qui ne produit absolument rien. « Exception algérienne », dites-vous ?

La guerre civile des années 90 est l’autre argument se voulant massue des partisans de la cette théorie irrationnelle. L’expérience iranienne dément allègrement ce mensonge. Ce pays, en phase d’acquérir l’arme nucléaire et qui fabrique, bon an mal an, plus d’un million de véhicules, en dépit d’un blocus international des plus stricts, a subi des pertes de plus de 300 mille vies humaines entre 1980 et 1988 lors d’une guerre atroce contre l’envahisseur irakien. Ces violences n’ont jamais empêché les Iraniens de réformer leur pays et de le remettre sur les rails du développement jusqu’à s’imposer comme une puissance régionale incontournable.

Le bon sens nous interdit, à la lumière de ces expériences et de bien d’autres encore, à l’instar de celles de la Corée du Sud, devenue riche après une sanglante guerre civile en 1950, et une colonisation japonaise des plus cruelles, de croire en cette « exception algérienne ». Il s’agit d’un horrible mensonge qui nous permet d’excuser nos faiblesses et surtout, nos lâchetés.