Il fait particulièrement froid aux alentours du palais, en ce jour décrété fête nationale du Sommeil. Les préparatifs vont bon train et les ouvriers importés dans des containers par un conseiller au Palais, s’affairent à installer les lits. Pour la déco, le même conseiller a importé des coussins et des couvertures. Un grand rassemblement se tient aux portes du Palais.

C’est la seule journée où les regroupements sont tolérés, mais chacun dans son lit. La plèbe attend le lancement officiel des festivités. Un concours est  prévu. C’est le 1er Prix du Fantôme du Palais. Le principe est de sommeiller, de préférence sans ronfler, jusqu’à la deuxième édition du concours. Cependant, les gens à l’extérieur des murs n’ont pas eu droit aux mêmes lits. Au-delà des jardins du Maître, la mixité est interdite et des matelas monoplace ont été distribués au prix subventionné et administré par le Palais.

Le Meddah à lunettes vante à la plèbe la grande vision du Fantôme des lieux, qui a vu en ce concours une cure éternelle pour ses sujets. «Affluez, adhérez en masse chers patriotes de la léthargie nationale au programme hypnotique de notre Maître Fantôme. Le nouveau plan national du Sommeil est notre seul Salut. Qui dort ne sentira pas le froid maintenant que l’hiver arrive. La trésorerie du Palais dépensera moins à importer des couvertures…», acclame-t-il. Le Meddah à lunettes est heureux de retrouver l’usage de sa langue.

La Fantôme la lui retire à chaque fois qu’il fait beau, et il la lui restitue lorsque le froid de l’hiver impose moins de couvertures. Des convois de barbouzes du Palais sont déployés à l’extérieur des murs pour surveiller le moindre ronflement. Le coup de sifflet, pour rejoindre les matelas, étant déjà donné. A l’intérieur des murs, l’ambiance somnambule est différente. Les enfants de M. Le Vert, M. De la Lèvre, le Charlatan de la cour et le Meddah du Palais sautent sur les lits et s’amusent à balancer des coussins dans le vide. Leurs parents font, entre temps, des parties de vol de couvertures. «Papa m’a acheté un appartement en Suisse », se vante la fille de M. De la Lèvre. «La Suisse… c’est un pays triste ! Mon papa à moi m’a acheté un appartement à Paris», rétorque la fille du Charlatan de la Cour. Le Fils du Maddah du Palais les regarde de haut et balance en sautant sur son lit : «Oh yes, mon papa à moi m’a payé des études en Angleterre… la Francophonie c’est de la merde !». Le fils de M. le Vert est un peu frustré. Il n’a pas encore grand-chose avec quoi se vanter. Son papa à lui a tenté de lui faire une situation en France, mais la PAF l’a fouillé à l’aéroport de Paris. A suivre

Mehdi Mehenni