Le 21 août dernier, à 21 h 30, un acte terrible a secoué la paisible localité de Beni Haoua. Nabil Youssfi, un Algérien d’une trentaine d’années établi en Angleterre où il gère un garage de mécanique, s’est disputé avec son cousin, Miloud Mokran, ex-conseiller à à la Présidence de la République du temps de Liamine Zeroual. Le motif de la rixe est d’une banalité affligeante. Nabil a maladroitement stationné devant le domicile de l’ex-conseiller.

Ce dernier lui a demandé de « dégager » son véhicule. Faute de quoi, il allait lui tirer dessus. Le jeune Nabil n’a pas pris au sérieux la menace de son cousin au tempérament nerveux et s’est contenté de lui demander de lui laisser quelques minutes avant de partir. Et là, sans aucune forme de sommation, l’ex-conseiller a sorti son arme et a vidé son chargeur sur le jeune homme. Six balles ont transpercé son corps. Cette scène horrible s’est déroulée sous les yeux de la femme de la victime et de ses deux enfants, une fille âgée de 14 ans et un garçon de 9 ans.

L’ex-conseiller, après avoir vidé son chargeur, s’est tourné vers l’épouse de Nabil et l’a frappée brutalement au visage. Un autre cousin a tenté de s’interposer, mais l’agresseur, toujours bouillant de colère, a plaqué son pistolet sur sa tempe. Il a tenté de tirer, mais son chargeur ne contenait plus aucune balle.

Aujourd’hui encore, personne ne comprend vraiment les raisons de cet accès de folie. Mais, l’incompréhension ne s’est pas arrêtée-là car au moment où la victime, Nabil Youssfi, se débattait contre la mort à l’hôpital de Sidi Ghiles, dans la wilaya de Tipaza, le criminel, lui, n’a même pas été placé sous mandat de dépôt par la justice.

En effet, Miloud Mokran a été juste mis sous contrôle judiciaire par la gendarmerie nationale. Il passe encore ses nuits,en toute liberté, à son autre domicile situé à Ouled Fayet, à Alger. L’ex-conseiller à la Présidence a été certes désarmé, mais, ni la justice ni la gendarmerie nationale n’ont expliqué à la famille de la victime pourquoi un ex-conseiller à la Présidence continue encore à porter une arme alors qu’il est à la retraite depuis au moins 10 ans.

Dans une déclaration à Algérie-Focus, Maâmar Youssfi, le frère de la victime encore hospitalisée, fait part de son indignation face à ce qu’il qualifie « d’une terrible injustice »: « Il a tenté de tuer mon frère devant sa femme et ses enfants et il n’a même pas été arrêté. Le criminel a reconnu tous les faits. Pourquoi il n’est pas sous mandat de dépôt ? Pourquoi est-il encore chez-lui sans que personne ne lui demande des comptes ? » Il réclame que justice soit faite.

La famille de Nabil Youssfi soupçonne la justice de partialité. Miloud Mokran est proche de plusieurs  hauts responsables qui auraient pu exercer des pressions sur les juges pour le laisser en liberté. « Sinon qu’est-ce qui explique l’impunité dont bénéficie ce monsieur ? Il a failli commettre un carnage et il n’est même pas arrêté », s’étonne Maâmar Youssfi.

Notons que Miloud Mokran a quitté la Présidence juste à l’arrivée d’Abdelaziz Bouteflika avec lequel il avait, dit-on, maille à partir. Il a ensuite travaillé comme consultant au niveau d’organismes étatiques. Selon nos informations, il est, effectivement, proche de plusieurs dirigeants influents. Il est, par exemple, le beau-frère d’un certain Ahmed Ouyahia, le patron du RND et directeur de cabinet du président de la République.