Amira a été brûlée vive parce qu’elle n’a pas voulu céder. Elle a résisté pour défendre son honneur et pour ne pas abdiquer son libre-arbitre et ce qu’il lui reste de liberté dans ce pays où l’espace des femmes se réduit comme peau de chagrin.

Les conservateurs avancent tel un rouleau compresseur. Ils   envoient des ballons-tests et changent leur stratégie en fonction de la réaction des Autorités et de celle de la société dans son ensemble.

Les femmes ont fini par faire leur deuil des baignades décentes en mer, des tenues libres et respectueuses après avoir rayé de leur mémoire l’idée de s’attabler à un café pour prendre une glace entre amis ou en famille comme au Maroc ou en Tunisie. On leur annonce des bus spécifiques et bientôt des classes et des amphis spécifiques, en attendant des journées exclusivement réservées aux femmes pour faire leur marché.

Amira a été brûlée. On s’en est ému, sans plus. Ailleurs on aurait défilé en masse, on aurait sommé le pouvoir de réagir et de punir l’assassin. On aurait monté un bûcher symbolique pour punir le monstre. Nous sommes tous d’accord. Il s’agit d’un crime commis par un obsédé sexuel. Ne revenons pas sur les raisons de l’obsession ; elles sont connues. Le harcèlement sexuel qui frise souvent le chantage n’est pas encore puni par la loi. Retenons en revanche qu’Amira a été volontairement brûlée par un assassin identifié. Il s’agit donc d’un crime qui doit être puni par la loi.

« Quiconque tue un être humain non convaincu de meurtre ou de sédition sur la terre, est considéré comme le meurtrier de la terre entière ». Coran V/33

Alors, où sont passées ces imams qui menacent des feux de la Géhenne des jeunes qui se promènent la main dans la main dans un jardin public et qui ne pipent mot sur cet autodafé ?

Où sont passés ces prédicateurs qui appellent à pendre Kamel Daoud pour avoir critiqué publiquement un islam d’importation imposé par les pétro-dollars ?

Où sont passés ces virtuoses du « Yajouz – layajouz » qui savent pourtant que l’homme et la femme sont des créatures de Dieu et que personne n’a le droit de leur ôter la vie ?

Où sont passés ces imams qui auraient dû condamner sans réserve un acte barbare et rappeler aux musulmans que le Prophète ( Aws ), le meilleur d’entre les musulmans, avait un immense respect pour la femme à qui il accordait sa bénédiction même quand elle avait gravement péché et qui avait  consacré toute Sa vie à exhorter les musulmans à faire le bien et à faire preuve de compassion et de fraternité ?

Amira n’a pas péché. Elle a été harcelée, agressée, et brûlée vive comme on brûlait sur le bûcher les morisques entre 1502 et 1750 en Espagne. C’était du temps de l’Inquisition espagnole. Les morisques, c’étaient les musulmans qu’on avait contraints à se convertir au Christianisme et qu’on brûlait vifs dans de grands bûchers parce qu’on les soupçonnait de continuer à pratiquer leur religion en secret.

Amira a été condamnée au bûcher pour avoir préservé son honneur. Qu’attendent donc les autorités civiles et religieuses pour retrouver l’assassin, faire son procès public et le punir de façon exemplaire, mais dans le respect de la loi coranique.

Aziz Benyahia