Un important travail université sur la décennie noire vient de voir le jour grâce au fils du célèbre journaliste Saïd Mekbel, Nazim Mekbel. Ce dernier est le président fondateur d’Ajouad Algérie Mémoires, un mouvement qui milite pour la réhabilitation de la mémoire des victimes du terrorisme.

Dans « Drame d’une crise identitaire », Nazim Mekbel a réalisé une profonde enquête sociologique où il explore les véritables raisons de l’expansion du terrorisme islamiste durant les années 90. D’après Nazim Mekbel, « le terrorisme n’était pas et ne pouvait être uniquement le fait d’une rébellion armée, provoquée suite à un épisode politique, qui était l’arrêt du processus électoral », indique-t-il dans un entretien accordé à nos confrères de Liberté. « En effet, certains faits liés au terrorisme n’ont pas démarré suite à ce que beaucoup appellent “le coup d’État” de janvier 1992, et de nombreux assassinats terroristes ont bien été perpétrés avant cette date », ajoute le chercheur qui se base sur un travail d’archivage entamé à partir de 1995.

Selon Nazim Mekbel, le terrorisme islamiste a commencé avant 1991 en Algérie. « Des événements plaident pour cela, comme par exemple celui qui avait été le fait d’un groupe d’extrémistes qui, dans la nuit du 22 au 23 juin 1989, à Ouargla, a brûlé la demeure de S. Dekkiche, une femme jugée de mœurs légères, tuant son fils de 4 ans, décédé lors de l’incendie. Il y a aussi celui du 4 juin 1991 : Messaoud Amerchouche, né à Batna, commandant de la brigade d’intervention à Chéraga, a été tué lors des affrontements avec les manifestants de FIS à la place 1er-Mai, à Alger », rapporte le même chercheur qui ne manque de rappeler également « l’événement du 26 juin 1991 où le policier Laïd Houriya est enlevé à Lakhdaria par un des fondateur de GIA, Omar Chikhi, et dont le cadavre, déformé et torturé avec un tournevis, sera découvert dans la mosquée Kaboul, à Lakhdaria (Bouira) ».

Nazim Mekbel donne aussi l’exemple de l’attentat du 29 novembre 1991, à Guemar où une « caserne est attaquée par un groupe de djihadistes, mené par Tayeb El-Afghani ; 8 militaires sont tués ». Ces faits font dire au chercheur que « le terrorisme islamiste qu’a connu l’Algérie ne fait pas suite, comme nous l’avons trop souvent répété, à l’arrêt du processus électoral, mais il a plutôt commencé en 1991 ».