Le président de Talaia El hourriyat, Ali Benflis, ne veut pas rencontrer le Directeur de cabinet de la présidence de la République qui l’invite à donner son avis sur la nomination de Abdelwahab Derbal à la tête de la haute commission de surveillance des élections. Dans une lettre adressée à Ahmed Ouyahia, l’ancien premier ministre affirme, en effet, que l’organisation d’élections n’est « pas la priorité » du pays « qui vit des problèmes plus graves ».

« Le devoir de franchise et de sincérité que nous avons envers notre peuple commande instamment de lui dire que rien n’a fondamentalement changé et que le changement qu’il attend n’est pas encore à l’œuvre », écrit ainsi l’ancien chef du gouvernement.

Le leader du pôle des « forces de changements » poursuit son courrier en rappelant que le pouvoir ne consulte presque jamais la classe politique que lors que cela l’arrange. « Le régime politique en place a toujours préféré le soliloque à la concertation et au dialogue sur tout ce qui engage le présent et l’avenir de la Nation. Et s’il rompt avec cette solide tradition, aujourd’hui, c’est pour des consultations sur la présidence d’une instance dont la performance, quelle qu’elle soit, ne changera rien au cours discrédité des processus électoraux nationaux », écrit-il.

Avant cela, Ali Benflis dresse un bilan très sombre de la situation du pays. « Notre pays passe par l’une des phases les plus critiques de son Histoire contemporaine. Il fait face à une impasse politique totale qui prend la forme d’une crise de régime manifeste. Il est confronté à une crise économique d’une exceptionnelle gravité. Il est menacé par une montée des tensions sociales. C’est dans leur simultanéité que réside le caractère hautement sensible de l’ensemble de ces défis qui se posent à la Nation », lit-on dans la missive. Dans un contexte aussi grave, « faire comme si de rien n’était et ériger les prochaines élections échéances en opération routinière me semble mener le pays, encore une fois, à passer à côté de l’essentiel ; l’essentiel étant, en l’espèce, l’impasse politique qui ne peut plus continuer à être ignorée, la crise économique qui ne se résoudra pas sans efforts, sans sacrifices et sans courage et la montée des tensions sociales qui ne saurait être conjurée qu’à travers le retour de la nécessaire confiance dans la relation entre les gouvernants et les gouvernés ».

Benflis est ainsi le premier homme politique à rejeter publiquement l’invitation de la présidence de la République. Les autres partis de l’opposition ont également montré une volonté de ne pas rencontrer Ahmed Ouyahia.

Essaïd Wakli