Il aura donc fallu des mois de polémiques, de critiques et de levées de boucliers pour voir, enfin, le secrétaire général du FLN, imposé à la tête de ce parti un jour d’août 2013, «démissionner» de son poste.

Si le désormais ex-secrétaire général du FLN a justifié sa démission par des raisons de santé (il affirme, en effet que son absence prolongée durant l’été est liée à ses ennuis de santé), personne n’est dupe. Son départ de la tête du FLN est en fait un signe que l’homme a reçu l’ordre de débarquer. L’homme, ramené en 2013 pour les besoins de l’élection présidentielle de 2014 et la mise à l’écart du DRS, arrive donc en fin de mission. Une mission durant laquelle il s’est employé à détruire le mythe construit autour du tout-puissant général Toufik. Et pour s’attaquer à une telle montagne à un moment où citer le nom de l’homme au cigare relevait de la gageure, le secrétaire général du FLN a trouvé un éventail : faire croire que le général Toufik est l’élément qui bloque le passage à un Etat civil et que c’est lui qui fait fonctionner la police politique.

Les charges successives de Saâdani ont fini par «aboutir». le général Toufik a démissionné de son poste en septembre 2015. Mais la police politique n’est jamais partie et l’Etat civil, longtemps entonné par l’ancien président de l’APN, n’a jamais eu lieu. Ce départ a ouvert l’appétit à l’ancien syndicaliste. Il s’est ensuite méthodiquement attaqué à la presse et à ses adversaires politiques, accusés d’être tous à la solde du général déchu. Pis, l’homme s’est transformé en véritable sniper et n’a épargné personne. A commencer par les ministres dont Abdelmalek Sellal voulait se débarrasser.

De toutes les cibles de Saadani, une seule ne s’est pas inclinée : Ahmed Ouyahia. Attaqué à plusieurs reprises car considéré comme un «homme de Toufik», le leader du RND est resté indéboulonnable. Un signe que beaucoup d’observateurs ont interprété comme une preuve de la puissance de celui qui fait marcher, depuis trois ans, l’administration présidentielle.

Depuis quelques mois, des informations plus au moins recoupées indiquent que Amar Saâdani agissait au nom d’un autre clan : celui de Ahmed-Gaïd Salah. Le chef d’Etat-major de l’armée n’a jamais caché son ambition de briguer la Présidence de la République. Une ambition qui pourrait être stoppée par la volonté de Abdelaziz Bouteflika de remettre le FLN dans son giron en perspective de la présidentielle de 2019. Et ce ne sont pas les récentes apparitions d’Abdelaziz Bouteflika, destinée à rassurer sur son état de santé, qui démentiront cela. L’envie de mourir président est apparemment plus forte que celle de placer l’Algérie sur l’orbite de la démocratie.

Essaïd Wakli