Nous avons la chance d’avoir un ministre des affaires religieuses, qui dénote par rapport à l’ensemble quand on évoque la gouvernance en général et les membres du gouvernement en particulier.

Monsieur Mohamed Aïssa fait partie des rares responsables politiques qui restent fidèle aux engagements pris dès son arrivée au ministère des Affaires religieuses et du Waqf et qui donne, par la gestion des questions religieuses dans cette période extrêmement agitée et par la clarté de son engagement, la plus belle illustration de l’islam du juste milieu. « C’est ainsi que nous avons fait de vous une communauté du juste milieu » : ( Coran 2/143 ). Ajoutez à cela qu’il met cette qualité fondamentale au service d’un patriotisme sourcilleux ; preuve qu’il a un sens aigu du bien commun et de l’intérêt collectif. La lutte contre les tentatives de déstabilisation de notre société nécessite une vigilance absolue, et il a bien raison notre Ministre !

Il faut se rappeler que lorsqu’on parle du juste milieu, on recommande d’éviter les excès et les extrêmes et de savoir raison garder dans nos jugements, de ne pas jeter d’anathème ni condamner sur la base d’informations incomplètes ou tronquées, de se méfier de la généralisation et des idées reçues et de faire un effort constant de réflexion avant de se forger une opinion. Le juste milieu c’est aussi la tolérance au sens ouverture vers les autres et recherche du dialogue pour une meilleure compréhension mutuelle. Et, être tolérant c’est accepter que l’autre, qui peut être mon frère ou ma collègue ou mon voisin ne pense pas comme moi.

C’est admettre qu’une femme a parfaitement le droit de porter le jilbab, comme de ne pas le porter et que la seule contrainte que je doive m’imposer c’est de commencer moi-même par donner l’exemple de la tolérance en bannissant l’outrance, les idées toutes faites et les amalgames. Etre tolérant c’est aussi accepter l’autre tel qu’il est et tel qu’il a choisi d’être en sauvegardant ensemble une atmosphère de vie harmonieuse bâtie sur un respect mutuel.

Une femme qui ne porte pas le jilbab n’est pas moins musulmane que celle qui le porte, il ne m’appartient pas à moi de la juger ; la seule différence entre elles, comme dit le Coran c’est leur niveau de piété. Et d’ailleurs, qui suis-je pour la juger en matière de piété ?

Une femme a tout à fait le droit de s’habiller à l’européenne si tel est son choix, à la condition de ne pas abdiquer sa culture et ses origines et de ne pas tomber dans la vulgarité et le mauvais goût par un maquillage provocateur et des artifices grossiers qui n’ont rien à voir ni avec notre histoire, ni avec nos traditions ni avec notre religion.

Chez nous, dans une famille normale et respectable, une femme ou une jeune fille ne doit pas exhiber une poitrine généreuse et des bras et des cuisses dénudées devant sa famille et à fortiori devant les étrangers. Souvent par paresse intellectuelle ou par facilité, on singe l’Occident pour se donner l’illusion du progrès, et on s’aperçoit malheureusement qu’on ne cherche à garder de l’Occident que l’écume des choses mais  jamais les valeurs nobles comme le sens du bien collectif, le respect de la loi, de la parole donnée, d’autrui, etc…

Malheureusement aujourd’hui les sociétés arabo-musulmanes sont traversées par un ensemble de secousses d’ampleurs inquiétantes dont les victimes sont souvent des citoyens de bonne foi qui se sont laissés séduire, puis berner puis endoctriner par des gens formés ou venus d’ailleurs et porteurs d’un véritable virus qu’il est très difficile d’extirper. On l’a fait venir avec « l’arabisation à bon marché » confiée aux coiffeurs et aux chauffeurs de taxi égyptiens et syriens. Aujourd’hui ils sont relayés par une production locale de clones nourris au biberon saoudien.

Cela a eu comme premier résultat, tout à fait compréhensible, le rejet systématique par beaucoup de citoyens qui y ont découvert la preuve, qu’en voulant nous faire nous réapproprier notre patrimoine mis sous le boisseau par la colonisation, on nous a proposé un remède plus dangereux que le mal. Cela se traduit aujourd’hui par une perte tragique de nos repères et par une confusion dramatique des valeurs.

« Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt ».

Quand le ministre Mohamed Aïssa accorde un large entretien à la chaîne 3 pour nous mettre en garde contre les sectes, contre les « moudkhalistes », contre les écoles coraniques sauvages et pour nous annoncer la création d’un think tank pour débattre de l’islam, les réseaux sociaux ne retiennent que la tenue inadéquate ( irrespectueuse et de mauvais goût il est vrai ) de la journaliste et non l’importance de ses messages. L’écume des choses toujours, le superficiel, le pis-aller, le provisoire, le consommable, le sauve-qui-peut.

Il ne s’agit pas de prétendre que l’apparence n’a pas son importance, bien au contraire. Mais malheureusement dans une société pas suffisamment éduquée, on s’arrête trop souvent aux apparences et on va rarement au fond des choses. Un adolescent fumera devant son père croyant ainsi affirmer sa liberté. Il ne pensera pas que cela peut être pris comme une forme d’irrespect parce qu’il n’aura pas été éduqué dans le respect de ces valeurs. De même que la journaliste à la poitrine et aux épaules dénudées, n’a pas conscience – sauf acte délibéré provocateur de sa part –  qu’en recevant dans cette tenue inappropriée dans un studio de radio publique un ministre de la République, elle fait preuve d’un manque de considération pour un représentant de l’Etat, et envoie un mauvais signe aux jeunes qui auront eu accès à la photo à travers les réseaux sociaux.

Si on pense répondre aux agissements des extrémistes fondamentalistes dans leurs tentatives d’avilissement de la femme, en adoptant des attitudes tout aussi extrêmes par l’« occidentalisation » jusqu’à l’outrance, et l’imitation des autres nations dans ce qu’elles ont de superficiel et de répréhensible, on se tire une balle dans le pied.

Socrate a dit : « Si un âne te donne un coup de pied, ne le lui rend pas ».  

Nos ânes à nous comptent sur les coups de pied de retour pour créer la guerre civile. Ne leur donnons pas cette chance. Restons vigilants, mais sans oublier pour autant et selon les circonstances et après analyse et réflexion, à rendre coup pour coup, si c’est nécessaire.

C’est vrai qu’un âne restera toujours un âne mais il y a des ânes qui peuvent être aussi dangereux que des serpents.

Aziz Benyahia