A l’enterrement de Shimon Pérès tout le gotha de la planète était là. Des médias ont remarqué qu’il y avait plus de têtes couronnées qu’à celui de Nelson Mandéla. Le rapprochement entre les deux destins est indécent et scandaleux et signifie en creux, que l’humanité a perdu une grande figure du siècle à l’égal de Churchill, de Gaulle ou de Gandhi par exemple.

Indécent ? Pourquoi ?

Parce qu’aucun média occidental n’a osé rappeler qu’Israël était le seul pays au monde à soutenir le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud qui a fait de Mandéla le recordman de la détention politique (22 ans). Shimon Pérès était aux affaires.

Parce que celui qu’on nous présente comme un homme de paix, c’est l’artisan de l’opération « Raisins de la colère » et du massacre de Cana au Liban. Le massacre avait ému le monde entier.

Parce que c’est Shimon Pérès le père de l’arme et du programme nucléaires israéliens, qui a nié jusqu’à son dernier souffle la possession par les Israéliens de la bombe atomique.

Ses amis reconnaissent à demi-mot qu’il était un faucon contrarié pour ne garder de lui que l’image d’une colombe et de l’homme qui a reçu le prix Nobel de la Paix avec Yasser Arafat, après la signature des accords d’Oslo. Ces rappels ne sont pas inutiles. Ils mettent en lumière la puissance des lobbies qui contrôlent les médias et les instituts d’opinion, et l’intelligence redoutable des organisations sionistes qui préfèrent investir dans les moyens de communication pour mieux peser sur les événements. Les résultats sont incontestablement une réussite totale. Il suffit de penser que le seul Etat qui continue à faire un bras d’honneur aux Nations-Unies depuis des décennies, qui sourit à chaque résolution qui le condamne et qui continue à coloniser à la barbe de la terre entière, c’est Israël bien évidemment, l’enfant gâté des Etats-Unis qui crie à l’antisémitisme à la moindre critique. (Pour la petite histoire, afin de remercier toutes les délégations étrangères venues témoigner de leur émotion à la suite de la perte d’un « homme de paix » et particulièrement Mahmoud Abbas pour son geste d’une grande dignité, le gouvernement Nétanyahou annonce publiquement le jour même des funérailles, l’autorisation pour la construction de nouvelles colonies israéliennes dans les territoires occupés).

Il est inutile de ressortir encore et toujours les mêmes explications, les mêmes arguments et les mêmes lubies pour dénigrer ses succès. Le résultat est là. C’est un Etat qui a pris au sérieux les gesticulations de ses voisins et leurs prêches incendiaires et ridicules et qui s’est préparé sérieusement à la guerre. Il y a mis les moyens. Il les a trouvés auprès des pays qui ont laissé faire les nazis et il les utilise efficacement.

Alors de grâce, n’essayons pas encore une fois de comparer ce qui n’est pas comparable. On ne compare pas un peuple d’élites, ayant la haute main depuis longtemps sur la finance internationale et sur les médias à un salmigondis de pays à peine sortis de la domination coloniale ou du califat, ayant fait unanimement le choix de la léthargie et tournant définitivement le dos à un héritage qui aurait pu continuer de faire sa grandeur, s’ils avaient su le faire fructifier.

Il ne s’agit pas de céder à la facilité du raccourci qui consiste à mettre involontairement sur le même pied d’égalité un peuple éduqué depuis la nuit des temps à une majorité de pays nouvellement indépendants et hier encore sous domination coloniale. « Regardez, ils ont fait du désert un paradis ». C’est l’argument facile qu’on entend souvent et qui fait précisément le jeu de ceux qui ne souhaitent pas notre réussite. C’est injuste et démagogique. En disant cela on n’excuse aucune occasion loupée de nos dirigeants, aucune atteinte aux libertés fondamentales, aucun clientélisme, aucun népotisme, aucune mauvaise gouvernance. On veut simplement et par souci d’honnêteté intellectuelle, relativiser la réussite de l’un et les échecs des autres. Pour avoir une idée précise de l’abîme qui sépare l’un des autres, il suffit de se reporter aux données suivantes relatives aux attributions du Prix Nobel toutes disciplines confondues.

On y découvre, en effet, que sur une population mondiale de 6 milliards, la population juive compte 13 millions de personnes. Cela fait un rapport de 2/1000.

Et que sur les 800 Lauréats du Prix Nobel, 167 sont juifs, soit près de 21 %. 
Parmi les Lauréats juifs :
- 24 Prix Nobel en économie
- 45 Prix Nobel en physique
- 49 Prix Nobel en médecine
- 29 Prix Nobel en chimie
- 12 Prix Nobel en littératures 
- 8 Prix Nobel de la paix.

Est-ce à dire que les juifs seraient plus intelligents que le reste de l’humanité et particulièrement par rapport à leurs cousins ? Répondre par oui c’est faire du racisme primaire, c’est débile et c’est pathétique. La réponse est : Non ! Elle a été donnée depuis longtemps par les spécialistes. Il n’existe pas de peuple plus intelligent que d’autres. C’est par le savoir, l’éducation et le travail qu’on accède au progrès et qu’on mérité respect et considération. Les exemples ne manquent pas. Il suffit de penser aux Japonais, aux Coréens aux Indiens entre autres. Plus près de nous, il a suffi qu’un savant musulman pakistanais décroche le Prix Nobel de physique pour que les belles âmes admettent que l’islam n’est pas incompatible avec le progrès et pour que nos jeunes se prennent à rêver. Malheureusement leur rêve n’ira pas plus loin par la faute de nos dirigeants. Algérie-Focus a fait état récemment de la fuite de cerveaux algériens à l’Etranger. On connaît les raisons de cette hémorragie et notre pays ne peut avancer s’il est incapable de retenir son élite.

Alors pourquoi ne pas s’inspirer des modèles positifs en matière de réussite ? Pourquoi ne pas faire comme l’Inde, hier encore considérée comme un pays sous-développé et qui fournit aujourd’hui l’essentiel des informaticiens de haut niveau à la Planète ? Pourquoi ne pas s’inspirer du modèle israélien pour faire lobbying, et partir comme eux à la conquête du monde ? Pourquoi ne pas faire comme la Corée du Sud qui en 50 ans est devenue l’une des premières puissances industrielles ?

Beaucoup de pourquoi bien sûr ? Mais existe-t-il d’autres approches pour faire prendre conscience à nos dirigeants qu’ils sont tout simplement en train de nous exclure de l’aventure humaine et que si les choses restent en l’état, nous retournerons au moyen-âge lorsqu’on aura bradé le dernier baril de brut.

Aziz Benyahia