Répondant à une question écrite posée par une députée de la wilaya de Tissemssilt, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a affirmé que les barrages routiers s’inscrivaientt dans les missions « ordinaires » des services de sûreté pour assurer la sécurité des personnes et des biens et prévenir les accidents de la route. La réponse concise du Premier ministre a, cependant, occulté les désagréments engendrés par ces dispositifs.   

En répondant laconiquement à une question écrite transmise par la députée  de Tissemssilt, qui l’a interpellé sur les innombrables barrages installés au niveau des routes wilayales 14 et 19 à Tissemssilt, le Premier ministre a remis au goût du jour la problématique de ces dispositifs qui contribuent à assurer la sécurité, mais qui causent également un important préjudice à la liberté de circulation et à l’économie du pays.

Il est vrai que la sécurité des biens et des personnes ainsi que les impératifs de la lutte contre le terrorisme dans un pays comme l’Algérie nécessite un certain nombre de mesures de prévention contraignantes. Le Premier ministre l’a d’ailleurs précisé en soulignant que l’intensification de la circulation des personnes et des marchandises sur les routes principales engendre de plus en plus d’accidents et de victimes. Cet état de fait a amené, selon lui, les services de sûreté à ériger des barrages pour assurer la « sécurité routière » des usagers. Mais ce que le premier ministre a omis de relever, c’est le préjudice économique engendré par ces innombrables barrages routiers qui entrave la fluidité de la circulation.

Selon Chems Eddine Chitour, professeur de thermodynamique et d’économie du pétrole à l’École nationale polytechnique, les embouteillages, causés en grande partie par des barrages routiers, ralentissant grandement la fluidité de la circulation, sont à l’origine d’un gaspillage qui coûte très cher.  M. Chitour a expliqué que les pertes en terme de carburant pour une heure d’embouteillage s’élèvent à 100 litres par an. Avec près d’un million de voitures concernées, on en est à environ 80 000 tonnes, soit l’équivalent de quelque 80 millions de dollars par an au niveau de la capitale seulement. Pour lui, ce gaspillage affecte indéniablement le pouvoir d’achat des Algériens et engendre, par là même, un préjudice important à l’économie nationale qui souffrira à terme d’un recul de la consommation.

Il faut également souligner en ces temps de crise  que la congestion routière engendre des pertes tant pour le secteur public que privé, sans compter les répercussions néfastes sur l’état psychologique des conducteurs. Hormis les pertes financières, ces embouteillages sont à l’origine d’une pollution environnementale importante. Selon un rapport publié au mois de septembre dernier, par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la qualité de l’air en Algérie est caractérisée par un fort taux de pollution. Les gaz d’échappement seraient l’une des causes majeures de ce phénomène, des gaz auxquels les conducteurs sont exposés de manière prolongée quand ils sont coincés dans les bouchons.

Les embouteillages perturbent également l’équilibre psychologique des conducteurs, après avoir dépassé les points de contrôle, les conducteurs ont tendance à accélérer pour rattraper le temps perdu, faisant que les barrages routiers contribuent paradoxalement à favoriser les accidents.

La congestion routière peut également avoir des répercussions néfastes sur le rendement des secteurs de l’administration et des services, selon une étude élaborée par MRC, cabinet d’experts en gestion des flux routiers suisse, les embouteillages ont un impact négatif sur le moral des fonctionnaires de l’administration et du secteur des services. La fatigue conjuguée à la lassitude occasionnée par des heures d’attentes peut engendrer des pertes considérables à cause d’un recul notable du rendement de chaque employé sujet à ces interminables bouchons.

Massi M.

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