L’homme d’affaire algérien, Issaad Rebrab, patron du groupe Cevital, s’est exprimé dans les colonnes du magazine «Jeune Afrique» à propos de ses projets actuels et futurs, notamment à l’international. Tout en reconnaissant qu’il fait face à des problèmes en Algérie, il évite toutefois de polémiquer.

A cet effet, Rebrab confirme qu’il est sur un projet d’une grande plate-forme logistique au Brésil, d’un complexe agroalimentaire au Sri Lanka et d’autres projets pour 2017, en Algérie. C’est en Europe et en Amérique qu’il trouve le plus de facilités. En Afrique, par contre, ses projets, au Sénégal, au Nigeria et au Soudan par exemple, n’ont pas abouti.

«Le Brésil, où j’ai commencé à prospecter en 2013, a un grand potentiel dans l’agriculture, mais aussi d’immenses problèmes de logistique. Pour assurer notre sécurité alimentaire à moindre coût, il fallait investir dans la logistique. Nous avions donc décidé de construire quatre ports dans le Nord du Brésil pour augmenter nos flux de produits qui viendraient de ce pays et y exporter nos fertilisants. A l’issue de sa visite sur le site Cevital de Béjaïa, le gouverneur de l’Etat du Para (dans le Nord), qui fait deux fois la taille de la France, a tenu à ce que notre groupe investisse chez lui. Pour un dollar symbolique, les Brésiliens ont accepté de nous céder 1000 ha pour la réalisation d’un projet dans le minerai de fer pour lequel Cevital possède un marché aussi bien en Europe qu’en Algérie. Sauf que ce projet sidérurgique nécessite un investissement de 1,5 milliards de dollars et que Cevital ne peut pas le financer dans la mesure où la loi nous interdit de sortir notre argent. Le président brésilien nous a donc recommandé auprès de la Banque nationale d’investissement (BNDES), qui encourage les investissements étrangers, pour nous accompagner dans ce projet. Nous sommes en discussion avec les responsables de cette banque», a-t-il déclaré.

Rebrab pourrait également investir au Sri lanka. Il dit que c’est le président du fond d’investissement émirati Abraaj, stupéfait par le complexe de Cevital à Bejaia, qui l’a mis en relation avec un investisseur sri lankais. L’émirati s’était même proposé de financer l’investissement de Cevital dans ce pays puisque l’Algérien ne peut pas faire sortir son argent. Tous cela pour dire que le groupe algérien jouit d’une certaine crédibilité et confiance à l’international, ce qui lui permet de mobiliser des financements considérables.

Pour ses investissements en Algérie, le président du groupe Cevital, qui pèse d’après ses dires quatre milliards de dollars pour 18 000 collaborateurs, annonce que cette année, il a eu quatre entrées en production. Il cite la deuxième ligne de verre plat à Larbaâ qui vient d’être inaugurée sans la présence d’aucun officiel algérien, même si des invitations ont été envoyées; l’usine de machine à laver de Sétif, qui a déjà commencée l’exportation, l’usine Oxxo (fournitures de solutions de portes et fenêtres) à Bordj Bou Arréridj, et une usine de production de charpentes métalliques à Bouira.

«Pour 2017, une usine laminoir démarrera sa production à Oran. Il y aura aussi le grand projet de Brandt à Sétif, qui emploiera 7500 salariés (90% de la production à l’export). Enfin, l’unité de trituration de graines oléagineuses de Béjaïa va faire passer l’Algérie du stade d’importateur à celui d’exportateur», a, par ailleurs affirmé M.Rebrab.

Interrogé sur son projet de hub portuaire à Cap Djenat susceptible de générer un chiffre d’affaire de 35 milliards de dollars à l’horizon 2025, le patron de Cevital a affirmé que «les demandes ont été faites» et qu’il était toujours «en attente d’une réponse». Au même moment, les autorités ont lancé le même projet à Cherchell avec un prêt chinois de 3,3 milliards de dollars. M.Rebrab se contentera de dire, amer : «Nous regrettons ces blocages».

En outre, M. Rebrab est revenu sur la situation économique actuelle du pays, notant qu’en 2030, la population algérienne sera de 50 millions d’habitants et qu’il faut par conséquent de l’emploi, du logement et des ressources énergétiques pour ces 10 millions d’âmes supplémentaires. Il affirme que «ce ne sont pas les idées qui manquent (pour faire sortir le pays de la crise NDLR), mais l’absence de décision». «Il nous faut des hommes qui prennent des décisions très rapidement», a-t-il plaidé.

Elyas Nour