Mettons tout de suite les choses au point : je n’éprouve aucune animosité à l’égard des riches. Au contraire, j’apprécie singulièrement ceux d’entre eux qui ont bâti leurs fortunes… à la sueur de leur front. J’avoue que les riches sont dans une situation délicate car en Algérie, même si on les envie, personne ne les aime vraiment. 

Malheureusement, l’actualité a dépassé les notions toutes relatives du bien et du mal. Le 22 novembre dernier, nos amis les plus riches, ceux qu’on appelle communément les oligarques, ont exercé un tel lobbying qu’une loi de finances a été taillée sur mesure pour défendre leurs intérêts. Pis encore, pour protéger leurs fortunes cachées. Oui, en 2017, les super-riches algériens ne seront toujours pas soumis à un impôt sur la fortune. En clair, ils pourront engranger dans leurs coffres-forts des sommes dépassant les cinq milliards de centimes sans qu’ils ne soient obligés de reverser le moindre centime au fisc. En 2017, les fortunés bénéficieront d’une immunité totale dans notre pays où les pauvres, en revanche, sont appelés à subir, seuls, toutes les augmentations des taxes et de la TVA relevée de deux points.

Les plus cyniques diront que ces mesures n’ont rien de scandaleux parce qu’il s’agit de « petites augmentations ». Mensonge et hypocrisie ! En 2017, il faudra relever automatiquement les prix de chaque produit de 2 %. Les augmentations vont de deux à 20 DA, voire 200 DA pour l’ensemble des produits de large consommation. Oui, ceci est ridiculement insignifiant pour les gens aisés. Mais c’est terriblement désastreux pour le commun des Algériens dont le salaire moyen ne dépasse guère les 39000 DA. Les conséquences des augmentations dues à la hausse généralisée de la TVA seront catastrophiques et la consommation intérieure en pâtira cruellement, surtout si l’on sait que d’autres taxes seront appliquées, à l’instar de celles qui toucheront les utilisateurs du cellulaire, la carte pré-payée et les pneus de véhicules, etc.

Oui, le Trésor public a besoin d’être sérieusement renfloué. Mais est-ce aux pauvres de payer le prix ? Est-ce aux plus défavorisés d’assurer, à eux seuls, l’équilibre budgétaire ?  Le président de la commission des finances et du budget de l’Assemblée populaire nationale (APN), Mahjoub Bedda, qui s’enorgueillit de l’adoption de cette loi de finances, élude la,question lorsqu’il justifie, à tort et travers, la politique d’austérité du gouvernement, validée par les députés.

Le FLN et le RND, les deux « partis lourds » de la scène politique ont été les premiers à refuser l’impôt sur la fortune lequel aurait rapporté une importante manne financière à l’Etat. Les riches se sont généralement enrichis en vampirisant les ressources de l’Etat. Il aurait été donc légitime qu’ils reversent une partie de leurs fortunes aux caisses publiques. Mais les deux partis, financés de surcroît par les plus influents de nos oligarques, estiment étrangement que l’impôt sur la fortune est « inutile » !

Les riches et leurs patrimoines constituent un authentique tabou dans notre pays. Plus de 1,5 million de logements sont inoccupés dans notre pays dont beaucoup de résidences secondaires et de villas vides. Quel serait l’ampleur des revenus que l’Etat pourrait engranger s’il taxait ces maisons ? Au parlement comme au gouvernement, on ose jamais s’aventurer dans ces calculs. Il ne faut surtout pas soulever l’ire des Haddad, Tahkout, Kouninef et autres milliardaires qui prospèrent sous le voile épais de l’absence de transparence qui couvre le pays.

Le message de cette loi de finances est en tout cas très clair : ce n’est plus le politique qui décide en Algérie, mais les puissants oligarques. Ils font et défont les lois.  Mais le moment est venu de leur dire sans détours qu’il est temps d’arrêter de croire qu’ils peuvent acheter le silence de tous les Algériens…