A l’approche des élections législatives, les luttes de leadership au sein des partis islamistes s’aiguisent. Pour parvenir à s’assurer une place de député, les chefs de certains de ces partis, qui n’ont jamais renoncé au rêve de l’Etat théocratique, s’autorisent toutes les manœuvres. C’est le cas de Filali Ghouini, secrétaire général d’El-Islah.

Le chef du parti islamiste s’est en effet taillé un congrès extraordinaire sur mesure. En quelques heures, il a organisé une rencontre avec des militants de différentes régions du pays pour créer un nouveau poste : président du parti qui n’existait pas jusque-là. Au sein de ce parti, fondé par Djaballah en 1999, le secrétaire général est changé chaque année. Mais Filali Ghouini, qui a déjà fait deux mandats d’un an chacun, ne veut visiblement pas lâcher. Il transforme donc le congrès extraordinaire en un congrès ordinaire pour rendre ses décisions indiscutables.

La manœuvre de Filali Ghouini tient d’une longue tradition au sein de cette formation. Depuis qu’El Islah a été «confisqué» à Abdallah Djaballah, Djahid Younsi, qui était justement derrière le «coup d’Etat», veut toujours faire main basse sur le parti. L’ancien député de Annaba, qui a longtemps étéle  bras droit de Abdallah Djaballah, a pris lui-même les rênes de ce parti à plusieurs reprises. Et à chaque fois qu’il a été contraint d’y renoncer, il a toujours installé des proches afin de toujours rester à la manœuvre. Cela n’est plus possible et l’actuel secrétaire général du parti, devenu une coquille vide, veut s’affranchir.

Cette lutte rappelle étrangement celle que se livrent deux ténors du MSP, Mouvement de la société pour la paix. Contraint de céder les rênes du parti en 2012 à Abderrezak Makri, l’ancien homme fort de cette formation, Aboudjerra Soltani, veut revenir au devant de la scène. Plus, il veut même imposer ses idées et pousser son parti à réintégrer le gouvernement. La manœuvre a fait plouf, mais a introduit un sérieux trouble au sein de la base militante.

Ces luttes intestines ne vont pas s’arrêter. La confection des listes pour les législatives va les exacerber, plongeant ces partis dans des crises encore plus aigues.

Essaïd Wakli

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