Le bruit courrait depuis un certain temps. Il devient insistant au sens où monsieur Amar Tou ancien ministre, proclame sans rire que le Président Bouteflika doit effectuer un cinquième mandat par « devoir national et pour sauver la patrie ». Le ridicule ne tuant plus, et fatigués d’être devenus la risée du monde entier ( cf ; la dernière sortie de notre Ministre de la condition féminine), nous avons décidé de renvoyer nos lecteurs à ce que nous écrivions sur le sujet, il y a quelques semaines, le 29 octobre 2016. Voici ce que nous écrivions in extenso

 

Lettre ouverte à qui de droit

Messieurs et chers frères,

Vous avez annoncé la probable candidature du Président actuel pour un cinquième mandat. J’ignore pour le moment qui vous êtes, ni si vous êtes nombreux, ni si vous avez fait des études, ni si vous aimez votre pays. Mais ce dont je suis sûr c’est que vous n’êtes pas très intelligents et que vous n’avez pas peur du ridicule.

Vous voulez nous imposer, « démocratiquement » bien entendu, une cinquième fois Monsieur Bouteflika sans tenir compte de notre avis et probablement sans avoir demandé le sien. Les Algériens sont arrivés à un tel niveau de perplexité qu’ils se demandent s’ils n’ont pas été définitivement passés par pertes et profits.

Sachez qu’en prenant ce genre d’initiatives, vous défiez Dieu, vous méprisez les hommes et vous insultez l’intelligence. Voici pourquoi.

Vous défiez Dieu parce que vous transgressez les limites qu’Il a Lui-même fixées : « Dieu n’impose rien à l’âme qui soit au-dessus de ses moyens » : Coran 2/286. La Faculté connaît les limites de la machine humaine. Qu’est-ce qui vous pousserait donc à manquer de charité au point de pousser un homme au grand soir de sa vie à faire un dernier tour de piste pour un spectacle cruel devant un public hébété ?

Vous méprisez les hommes parce que vous les imaginez incapables de découvrir la supercherie et de dénoncer l’imposture. Les Algériens savent bien que derrière le respect de la statue du commandeur que vous essayez de leur imposer depuis vingt ans, il y a tout un monde interlope qui engrange tant qu’il peut engranger et qui a besoin que l’icône bouge encore.

Alors ils ne cessent de dénoncer l’imposture avec le peu de moyens dont ils disposent, faute d’avoir pu empêcher la mise en coupe réglée des moyens d’information et de s’appuyer sur des leaders politiques suffisamment courageux pour faire de la résistance et imposer l’alternance.

Vous insultez l’intelligence parce que vous êtes convaincus d’avoir affaire à quarante millions de gogos incapables d’imaginer leur destin sans vous et de se construire sans vous.

Vous êtes incapables d’admettre qu’il y a des millions de jeunes qui piaffent, des filles et des garçons qui veulent vivre avec leur siècle et qui n’ont que faire de vos idoles et des modèles qui ne sont pas les leurs.

Vous ne voulez pas croire qu’il y a une élite qui s’est façonnée malgré vous, qui sait tout de vos faits et gestes et qui vous demandera tôt ou tard de rendre des comptes.

Et enfin pensez-vous sérieusement être pris au sérieux lorsque vous viendrez devant le peuple, demander qu’on remette le couvert pour la cinquième fois avec quelqu’un dont la décence et la bonne éducation nous interdisent de dire du mal compte-tenu de son état de faiblesse ? Pensez-vous vraiment échapper au ridicule chez nous et à l’Etranger quand vous plaiderez la capacité indiscutable d’une personne âgée et très diminuée à prendre en main les destinées d’un pays très jeune, alors que la science et le bon sens disent le contraire ? Faut-il enfin vous rappeler que vous devriez au moins par décence et par reconnaissance du ventre, céder enfin la place aux jeunes, au débat démocratique, à l’innovation et au progrès et partir sur la pointe des pieds sans vous retourner et sans faire de bruit, avant que la foule ne se mette en colère ?

Abdou Semmar