La Fédération Algérienne des Consommateurs ( FAC ) vient de lever un lièvre. Vous pensez immédiatement qu’elle a découvert un vaste trafic de denrées périmées sur le marché, qu’elle a démonté un trafic de marchandises avariées, une filière de contrefaçons ou qu’elle a dénoncé une organisation mafieuse spécialisée dans l’organisation des pénuries ou faisant la chasse à la corruption.

Eh bien non ! vous n’y êtes pas du tout. La FAC vient de découvrir grâce à son réseau très dense de militants chevronnés que des bruits circulent en ville qui font état de la possibilité d’une participation de quelques citoyens à la célébration de la nouvelle année, à l’instar de quelques milliards de crétins attardés dans les cinq continents.

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Elle subodore donc une ruée en masse des Algériens vers des endroits où des hommes et des femmes essayeront de passer un moment convivial pour accueillir la nouvelle année et formuler ensemble des vœux de paix de bonheur et de prospérité.

Or voilà que la FAC, organisation autoproclamée de défense des consommateurs, considère que la célébration de la nouvelle année n’est rien d’autre que l’imitation servile du comportement des Occidentaux et demande donc à tous les citoyens à faire, je cite : « barrage à tous les dépassements nuisant aux mœurs ». Elle appelle, je cite là aussi, « toutes les bonnes âmes éprises de nos valeurs traditionnelles et religieuses » à combattre cette déferlante de débauche universelle annoncée.

Essayons d’y voir un peu plus clair.

1° L’imitation de l’Occident n’est pas un mal en soi et ne soyons pas hypocrites puisque nous passons toute notre vie à les imiter. Nous sommes toujours à la traine, nous ne produisons rien, nous téléphonons avec leurs appareils, et comme eux nous accédons à Internet, aux écrans plasma, à youtube, à Yahoo. Nous montons dans leurs avions et dans leurs voitures et nous écoutons notre musique sur leurs appareils. Ce serait formidable si nous pouvions les imiter dans ces domaines avec la ferme détermination des les rejoindre et de les surpasser. Or et c’est le seul point sur lequel nous sommes d’accord avec la FAC, il ne s’agit pas de les imiter dans ce qu’il y a de condamnable comme le relâchement des mœurs par exemple, mais de prendre chez eux ce qu’ils ont de mieux, des comportements tels que la ponctualité, le sérieux dans le travail, le devoir civique, le respect du bien collectif, etc…

Et à ce propos, en vertu de quoi la FAC considère la célébration du nouvel an comme un « dépassement nuisant aux mœurs » ? Est-ce en chantant et en dansant comme le feront tous les jeunes du monde ce soir-là ? Certainement pas !  Et s’il y a dépassement à quelque niveau que ce soit, il ne nous appartient pas à nous et encore moins à la FAC de s’ériger en moralisateur et de se substituer au jugement divin. Chacun de nous est responsable de ses actes aussi bien devant Dieu que devant les hommes et les donneurs de leçon doivent d’abord nous apporter la preuve qu’ils sont eux-mêmes des parangons de vertu. Il est vrai que là aussi il faut rappeler que chez nous, il suffit de ne pas boire d’alcool pour passer pour un saint. Et  c’est là où le bât a toujours blessé. Toutes les frasques discrètes sont tolérées sauf l’alcool parce que ses effets sont les visibles.

2° Qu’est-ce qui autorise la FAC à généraliser et à considérer que tous ceux qui voudront fêter la nouvelle année sont des débauchés, des alcooliques, des drogués, des pervers et des gens malfaisants ? Est-il donc si compliqué d’imaginer qu’on peut même en famille, se réunir la veille du nouvel an dans une ambiance conviviale autour d’un gâteau pour se congratuler aux coups de minuit et se souhaiter la bonne année ? Pourquoi donc cette manie de voir le mal partout au point de cultiver l’hypocrisie, et d’agrandir ainsi par effet de boomerang le bataillon des frustrés et des refoulés.

3° Et enfin pourquoi cultiver cette allergie aux joies saines, à la musique, aux chansons et aux danses d’allégresse au point de faire de nous des gens tristes qui se regardent comme des chiens de faïence lors de soirées de mariage qui n’ont rien à envier à des enterrements. Nos anciens aimaient la fête et organisaient les réjouissances aux moindres occasions pour surmonter la monotonie des jours et la tristesse des moments difficiles. Le Prophète lui-même ( Asws ) aimait la vie et les manifestations de joie.

Et qu’on ne vienne pas nous contredire quand on donne raison à ceux qui attribuent la présence de cette nouvelle police des mœurs, à la main des Salafistes et autres agents wahhabistes. Le problème est là. Il suffit de relire notre histoire récente, avant la décennie noire, pour comprendre que nous subissons une grande déferlante multiforme qui risque de nous emporter tous si nous n’y prenons garde.

Abdou Semmar