La France n’est finalement pas prête à restituer à l’Algérie les crânes de 36 chahids conservés au niveau du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), de Paris, contrairement à ce qu’ont laissé entendre les responsables de ce musée l’été passé.

«En tant que dépositaires des collections, nous devons évidemment en prendre soin, mais nous n’avons pas le droit de les céder. Cela peut d’ailleurs poser des problèmes éthiques: nous conservons des crânes de résistants algériens du XIXe siècle que l’Algérie réclame, mais, dans la mesure où ils ne nous appartiennent pas, je ne peux pas les restituer sans suivre un processus assez compliqué», a déclaré hier le président de ce Muséum, Bruno David, devant les députés de l’Assemblée française.

Un discours plutôt pessimiste par rapport à celui tenu par le directeur des collections du même Muséum, Michel Guiraud, au mois de juin dernier lorsqu’il avait déclaré qu’il n’y avait aucun «obstacle juridique» à leur restitution si ce n’est éventuellement des blocages politiques. «Pour leur restitution, il y a un chemin à prendre. Nous reconnaissons le droit de la famille et celui des descendants relayés par leur Etat. Les demandes doivent passer par le canal diplomatique et non pas par une association qui n’a pas un droit particulier par rapport aux restes humains», avait-il indiqué.

Pour ce responsable, le MNHN était «prêt» à répondre «favorablement» à la demande algérienne. Quelques mois plus tard, au mois d’octobre précisément, le ministre des Moudjahidines, Tayeb Zitouni, a signalé que «les démarches vont bon train». Toutefois, les responsables de ce muséum se sont, selon toute vraisemblance rétractés. Il est fort à parier que ce sont les «blocages politiques», évoqués par Michel Guiraud durant l’été qui en sont la cause.

Il est à rappeler que ces crânes sont, entre autres, ceux de Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Cherif Boubaghla, du Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaâtchas (région de Biskra en 1849), de Moussa El-Derkaoui et de Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui. Il y a aussi la tête momifiée d’Aïssa El-Hamadi, le lieutenant de Cherif Boubaghla, et le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant  de l’Emir Abdelkader.

Elyas Nour