L’inflation, superstar de l’année 2017 ?      Par Hassan Haddouche

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En ce début d’année, la hausse des prix est dans tous les esprits et dans tous les commentaires. Pour la première fois depuis très longtemps, la hausse des prix devient un enjeu non seulement économique, mais aussi une question essentielle pour la stabilité politique du pays.

Pour l’année à venir, les prévisions du gouvernement qui suscitent le plus de scepticisme sont certainement celles qui concernent une inflation «contenue à 4% en 2017», selon le texte de la dernière loi de finance. Outre les chiffres officiels des derniers mois de 2016 qui situent déjà la tendance de la hausse des prix  à un niveau  supérieur  à 7% (selon l’ONS, l’augmentation des prix entre novembre 2015 et novembre 2016 au niveau national, a été de 7,3%), la plupart des spécialistes s’attendent à une poursuite de l’accélération de l’inflation au cours de l’année à venir. Certains n’hésitent pas à évoquer, sans doute un peu vite, l’hypothèse d’une inflation à 2 chiffres.

Beaucoup d’acteurs économiques  se sont  émus de cette situation qui a déjà été à l’origine de nombreux troubles sociaux, notamment les émeutes du début du mois dans la région de Béjaia. Pour la première fois depuis très longtemps, la hausse des prix devient ainsi un enjeu non seulement économique mais aussi une question essentielle pour la stabilité politique du pays. Sans qu’on sache d’ailleurs toujours très bien si l’origine de la protestation de ce début d’année a été causée par la hausse des prix ou par l’intensification des contrôles dont  les commerçants, qui ont été au départ du mouvement, font l’objet.

Les augmentations de taxes de la LF 2017

En 2017, les tendances inflationnistes seront entretenues par une série de facteurs économiques parmi lesquelles de nombreux commentateurs ont surtout évoqué au cours des dernières semaines les  augmentations de taxes  de la Loi de finance 2017. Au premier rang d’entre elles figure une augmentation de 2%  pour la TVA dont sont cependant exemptés les produits de première nécessité. Des augmentations plus ciblées ont également concerné dès le début de l’année des produits comme les carburants, le tabac et l’alcool. Un certain nombre d’autres taxes nouvelles comme celles sur les équipements ménagers énergivores seront appliquées de façon différée au 2e semestre 2017, voire seulement au début de 2018, en raison de la complexité de leur mise en œuvre, selon des précisions récentes du ministre des finances.

Comportements spéculatifs

Les raisons «objectives» pour une hausse des prix contenues dans la loi de finance 2017 sont renforcées par de nombreux comportements  spéculatifs. On a vu ainsi certains transporteurs privés tenter d’augmenter leurs tarifs de  10 dinars par voyageur. Une mesure qui a été jugée immédiatement «illégale»par le ministère des Transports  s’agissant de tarifs réglementés. L’application «par anticipation», dés le mois de décembre  2016, des augmentations  de taxes contenues dans la LF 2017 a également été signalée. Dans ce climat général devenu très sensible à l’égard de l’inflation, l’augmentation saisonnière des prix de certains produits agricoles frais ou des prix de la volaille ont également été attribué, de façon abusive, aux «effets de la loi de finance 2017».

Quelle dépréciation du dinar en 2017 ?

Si l’impact des augmentations de taxes sur  les tensions  inflationniste, en  2017, ne sera pas négligeable, il devrait, par définition, être surtout sensible au cours des premières semaines de 2017. Une fois digérée, cette première vague d’augmentations de prix, le principal risque pour l’inflation au cours des mois à venir  pourrait venir  d’avantage  d’une éventuelle dépréciation du dinar. Depuis juin 2016, le nouveau tandem  Baba Ammi-Loukal a totalement  stabilisé, voire légèrement amélioré, la valeur officielle du dinar. Les nouveaux responsables de la politique monétaire, ont bien reçu le message, venu manifestement des «plus hautes autorités du pays», qui consiste à aller chercher ailleurs que dans la dévaluation du dinar les moyens de combler le déficit des finances publiques. Cette politique de stabilisation de la valeur du dinar qui permet pour l’instant d’éviter un emballement de l’«inflation importée» pourra-t-elle se maintenir en 2017 ? C’est une des principales inconnues de l’année à venir.

La «planche à billet» pour financer le déficit budgétaire ?

Un autre risque important a été évité jusqu’ici. Il est susceptible, selon beaucoup de spécialistes, de jouer un rôle capital dans l’accélération de l’inflation dans notre pays qui pourrait survenir en 2017 . Le déficit budgétaire va en effet également provoquer  des tentations de création monétaire par la planche à billets. Dans ce domaine, les autorités financières algériennes disposent encore de marges de manœuvre qui consistent, pour l’immédiat , dans l’utilisation du reliquat des  réserves du FRR dont le ministère des Finances vient de nous informer qu’il faisait de la résistance et qu’il contenait encore l’équivalent de plus de 8 milliards de dollars à fin 2016. En fonction de la taille du déficit budgétaire réel (12 milliards de dollars de déficit prévu par la LF 2017 avec un baril à 50 dollars) , le gouvernement devra cependant compter, de plus en plus, sur la création monétaire avec les dangers qu’elle comporte en matière d’accélération de l’inflation, un risque qui vient justement d’être souligné, dans sa première intervention publique depuis son départ forcé,  par l’ancien Gouverneur de la Banque d’Algérie, M. Mohamed Laksaci. Signalons quand même que, dans ce domaine, les nouvelles les plus fraîches sont plutôt bonnes: un baril de pétrole entre 55 et 60 dollars en moyenne en 2017, ainsi que c’est le cas actuellement, devrait permettre de passer l’année en cours sans recourir à une création monétaire significative.

Allongement de la liste des produits contingentés

Un dernier élément susceptible d’alimenter l’inflation, au cours des mois à venir sera constitué par les restrictions de l’offre pour les produits importés. Les quotas sur les importations de véhicules ont déjà naturellement poussé les prix à la hausse aussi bien pour les véhicules neufs que pour les véhicules d’occasion. La mise en place progressive d’une gestion administrative d’une partie des importations du pays, avec l’extension annoncée de la liste des produits contingentés, fait donc  également planer le risque de nouvelles hausses des prix pour les produits concernés lorsqu’une offre de substitution par une production nationale n’est pas disponible. Mauvaise nouvelle donc pour le prix de la banane, qui sont libres de toute réglementation, et qui vont subir le contrecoup d’une rareté des financement disponibles pour leur importation. Dommage pour les amateurs de fruits exotiques…