Chers et respectables amis imams

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Je commencerai d’abord par vous saluer avec toute la déférence qui sied à votre rang et je tiens à m’incliner humblement devant l’importance de votre savoir et de votre érudition et à vous dire mon admiration et ma reconnaissance pour le courage et l’abnégation dont vous faites montre quotidiennement et plus souvent qu’à votre tour pour dire la bonne parole, condamner l’injustice, dénoncer la corruption, défendre les faibles contre les puissants, nous remettre sur le droit chemin et nous inviter à prendre exemple sur vous et à nous inspirer de votre sagesse et de votre abnégation dans un monde constamment assailli par la brutalité et le mal en général.

 

La formule est volontairement longue, alambiquée et redondante et je l’ai privilégiée à dessein pour vous fournir la preuve de mon assiduité à tous vos prêches du vendredi au cours desquels vous reproduisez immanquablement et unanimement la même longue formule qui se termine par qualifier l’innovation d’hérésie. Vous me permettrez d’ores et déjà de vous dire que je ne suis pas d’accord, mais alors pas du tout d’accord avec vous sur cette approche du progrès et de l’acquisition du savoir. Nous en reparlerons une fois prochaine in chaa Allah, car là n’est pas l’objet de mon invite.

 

Si je m’adresse à vous en prenant à témoin la communauté des témoins, c’est pour attendre de vous avec impatience et calme une réponse à une question que nous posons tous depuis des années mais qu’aucun d’entre nous n’a eu l’outrecuidance de vous adresser, à cause me semble t-il d’un mélange de tradition, d’éducation et probablement de pudeur et de timidité aussi.

 

Quelle est donc cette question vous direz-vous ?

Eh bien elle est toute simple.

Considérant que le musulman exemplaire, c’est celui qui ne doit avoir aucun contact ( la parole, le regard , le toucher…) avec une femme qui ne soit pas de sa famille directe, à savoir une femme qu’il pourrait épouser, vous conviendrez que sauf circonstances exceptionnelles ou risque de danger immédiat, un bon musulman ne doit pas se trouver dans de telles situations au risque de commettre un péché.

 

Passe encore que notre musulman exemplaire soit marchand de légumes ou quincailler ou épicier, on attendra de lui de ne pas trop s’attarder avec certaines clientes et de ne pas jouer de séduction.

 

Mais lorsqu’il se fait marchand de lingerie féminine et que de surcroît et presque exclusivement, il porte extérieurement les attributs de la dévotion dont le plus apparent est une barbe brute et un qamis estampillé halal, alors nous tombons carrément dans la contradiction la plus incompréhensible. On ne peut même pas parler de paradoxe tant la situation paraît inimaginable, inconcevable et burlesque pour finir.

 

Faites un tour messieurs et chers amis imams du côté de la rue Bab Azzoun et vous verrez l’alignement des boutiques de lingerie féminine tenues par des barbus qui nous ont habitués à maudire les femmes ( sauf les leurs bien entendu ) identifiées bien souvent au stupre, à la débauche et à la luxure. Je vous invite à faire comme moi et à choisir le parti d’en rire avant de nous donner vos explications.

 

Imagine-t-on une femme entrant dans cette boutique, dévoilant son visage ( aoudhou billah ), montrant sa poitrine ( ya latif ) et demander au vendeur de lui conseiller la taille, la couleur, l’échancrure, le décolleté, avec ou sans grain de beauté cousu, la culotte avec ou sans frou-frou, le string si c’est en soie et si la couleur rouge est toujours très demandée ( aoudhou billah min achitani errajim )?

 

Comme dans toutes les bonnes boutiques, la cliente aura accès au salon d’essayage et sera bien obligée de prendre l’avis du vendeur puisqu’il est là pour la conseiller. Le vendeur est bien obligé de regarder, de répondre et de conseiller. Je parle là des soutiens-gorge bien entendu, pas des petites culottes ( ya latif ).

 

Avouez chers amis imams que tout ceci est d’une hypocrisie totale et qu’il y a lieu de donner votre avis et de nous convaincre que nous aurions tort éventuellement de douter de l’insensibilité des hommes dans de telles situations et de ne pas y voir la preuve de ces nombreuses contradictions auxquelles on finit par s’habituer alors que vos discours nous disent constamment le contraire.

 

Je pense chers imams amis qu’en fidélité avec votre sacerdoce et votre engagement devant Dieu et les hommes, vous aurez à cœur d’alerter l’opinion sur cette anomalie et de suggérer aux vendeurs de lingerie féminine, de vendre des vêtements de travail pour hommes, d’ouvrir des salons de coiffure pour hommes mais pas de barbier bien sûr, et d’avoir au moins la décence de ne pas trop afficher des signes de bondieuserie qui en disent long sur l’authenticité de leur dévotion.

 

Aziz Benyahia