Les cours pétroliers en baisse/ L’OPEP face au défi du gaz de schiste américain

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Les cours du pétrole ont terminé la dernière semaine à un niveau de tout juste 50 dollars pour le brent qui sert de référence au brut algérien. Une vraie déception pour les  membres de l’OPEP et leurs onze partenaires qui viennent de reconduire, le 25 mai dernier, leur  accord de réduction de la production pétrolière jusqu’en mars 2018. Une mauvaise nouvelle aussi pour l’Algérie qui a basé ses projections budgétaires pour 2018 sur un baril à 55 dollars.

Les causes de cette faiblesse persistante des cours pétroliers sont à présent mieux connus. Les producteurs de pétrole conventionnels font face à une nouvelle menace, celle d’un pétrole de schiste moins coûteux à l’extraction et donc plus compétitif. Cette nouvelle donne, que les producteurs de pétrole conventionnel redoutaient depuis fort longtemps, s’est concrétisée au cours des deux dernières années. Elle est liée aux progrès techniques réalisés par les compagnies américaines en matière d’extraction de pétrole de schiste.

Selon des chiffres tout récents, le nombre de puits d’huile de schiste existant aux Etats-Unis est passé de 450 en novembre 2016, à 722 vers la fin du mois de mai dernier. Ce qui a fait augmenter la production américaine de pétrole de schiste à 200 000 barils par jour, pour un total de 4,9 millions, sur une production américaine globale, conventionnelle et non conventionnelle, de 9,3 millions de barils.

Baisse du seuil de rentabilité des puits de schiste

A l’origine de cette augmentation de la production, les progrès techniques réalisés par les compagnies américaines ont rendu les puits de pétrole de schiste plus rentables même avec un pétrole à 55, voire 50 dollars le baril. La volonté affichée du président américain, Donald Trump, d’encourager l’investissement dans le pétrole de schiste complique encore davantage la situation pour l’OPEP et ses partenaires. Sa décision de se retirer de l’accord de Paris sur le climat lui laisse, il faut le dire, les coudées franches pour tout ce qui touche aux énergies fossiles.

Un nouveau défi pour l’OPEP

Face à ce nouveau défi, différentes sources indiquent que L’OPEP a envisagé de réduire sa production de 300.000 barils par jour supplémentaires lors de sa réunion de la semaine dernière. L’organisation, qui s’est contentée pour l’instant de maintenir son niveau de production arrêté en décembre 2016, pourrait relancer l’idée, si les stocks restent élevés et continuent à peser sur les cours.

L’OPEP et des pays producteurs non-membres du cartel emmenés par la Russie ont décidé le 25 mai de prolonger de neuf mois l’accord de réduction de la production en vigueur depuis janvier, bien que certains ministres, y compris le saoudien Khalid al Falih, aient confirmé qu’augmenter les coupes avait été débattu.

L’option de retrancher autour de 300.000 barils de plus par jour aurait été envisagée. Cela reviendrait à une baisse supplémentaire d’environ 1% de la production du mois d’avril de près de 32 millions de barils par jour (bpj) et porterait la réduction totale des pays de l’OPEP à 1,5 million de bpj au lieu de 1,2 million actuellement. Les responsables de l’OPEP espèrent toutefois toujours que l’excédent de stocks va diminuer dans les mois à venir avec le rééquilibrage de l’offre et de la demande mondiales. Aucune réunion stratégique n’est prévue avant le mois de novembre.

« Tout ce qu’il faudra « 

« D’ici à la prochaine réunion, si les prix et la situation restent  bas, ils feront quelque chose (…) Tout le monde sera d’accord (pour de nouvelles coupes) si les cours restent aux niveaux actuels », a indiqué une source au sein de l’organisation qui table toutefois sur une amélioration du marché et des prix d’ici au troisième trimestre.

A l’issue d’une réunion à Moscou entre le cartel et la Russie, le très influent ministre séoudien du pétrole, Khalid Al Falih, a réaffirmé la semaine dernière que l’Arabie saoudite était prête à faire « tout ce qu’il faudra » avec la Russie pour stabiliser le marché et réduire les excédents mondiaux.

A trois milliards de barils, les stocks des pays consommateurs dépassent d’environ 300 millions de barils leur moyenne sur cinq ans. L’OPEP souhaite qu’ils retombent à leur moyenne de 2,7 milliards de barils d’ici fin 2017.

Khalid al Falih a également déclaré que les exportations saoudiennes devraient diminuer sensiblement à partir de juin, autorisant une accélération du processus de rééquilibrage du marché. « Nous avons observé un retrait substantiel des stocks, qui s’accélèrera », a dit al Falih. « De ce fait, nous serons parvenus à nos fins au quatrième trimestre. Le ministre russe de l’Energie Alexander Novak a affirmé de son côté que la coopération avec l’OPEP serait poursuivie et élargie.

« La Russie a une élection en vue et les Saoudiens ont l’introduction en Bourse d’Aramco l’an prochain; de fait, ils feront tout leur possible pour soutenir les prix pétroliers », notent la plupart des analystes .

H.H. avec Reuters